dimanche, 01 janvier 2006
Bonne année 2006
| Bonne année
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| Bonne année à toutes les choses : Bonne année à tous ceux qui m'aiment
Rosemonde Gérard |
19:50 Publié dans Poètes du monde entier | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 24 décembre 2005
NOEL

Un arbre de Noël et trois flocons de neige,
Tous les cœurs sont en fête et le monde est changé .
Dans la cour de l’école, un bonhomme de neige,
Tel un clown au soleil, fond des joues et du nez.
Dans les yeux des enfants, des étoiles de rêve…
Ils en font un poème ou de jolis dessins.
Ils ont l’esprit ailleurs, mais sont de bons élèves.
Ils attendent Noël, ce délicieux matin.
En paillettes d’argent, les rues et les boutiques
Jettent tous leurs éclats, sur les piétons pressés.
Certains flânent gaiement au son de la musique
Qui sort d’un peu partout, pour mieux les caresser.
On achète de tout, mais surtout ce qui brille.
Le réveillon approche, on se couchera tard .
Une bougie de plus et le vin blanc pétille.
Le bonheur est partout, même chez les clochards .
Les anges dans les cieux, chantant Paix sur la terre
Et le Père Noël, la hotte sur le dos,
Annoncent qu’un enfant peut supprimer la guerre.
Mais accepterons-nous ce merveilleux cadeau. ?
Il est né sur la paille et par une nuit fraîche,
Un âne et un gros bœuf lui soufflent de l’air chaud.
Le petit Jésus dort, dans une pauvre crèche.
Marie parle tout bas, Joseph un peu trop haut...
11:00 Publié dans Poésies et textes divers | Lien permanent | Commentaires (3)
dimanche, 18 décembre 2005
Père Noël Chinois
Cette année, c’est certain, notre Père Noël
Sera un vrai chinois, la hotte toute pleine
De produits made in Chine, aux inconditionnels
Computers, DVD, jouets. Ah ! quelle veine !
Tout le monde en aura, même des écrans plats :
Des petits et des grands, en toute garantie.
De un jusqu’à trois ans, n’ayez aucun tracas.
Belle fabrication, nos bottes bien remplies.
Transformons en thé noir, notre bon vieux pinard
Et mangeons la salade, en pinçant les baguettes
Et buvons du saqué, entre copains au bar
Adieu verveine, marc et hideuses fourchettes.
Dans tous les magasins, on commerce chinois
Pleins feux dans les rayons, sur le sport, les chaussures
Les montres, le textile. On mange pékinois
On s’habille à Hongkong, pas de demi-mesure.
Nos poupées ont les yeux en amande et bridés
Vendons leur nos Airbus, couleur jaune citrouille.
La fée halloween va les métamorphoser,
En gros dragons ailés.Nos chinois morts de trouille !
On nous copie partout, à Pékin, à Shanghai.
On refait nos produits, contrefaçons parfaites.
Tous nos fruits du terroir, le miel et même l’ail.
Restons français, vivons chinois, faisons la fête.
Et Joyeux Noël !
Gaudeamus
16:00 Publié dans HUMOUR - IRONIE | Lien permanent | Commentaires (2)
jeudi, 15 décembre 2005
Les promesses de l'aurore
L’incendie rose,
D’une aurore joyeuse,
Embrase une vitre de la cuisine,
Où flotte une forte odeur de café.
A la table rustique, en bois chêne doré,
Elle se tient assise, inondée de lumière,
Dans son déshabillé de soie bleue, rouge et jaune,
Aux motifs japonais qui jouent dans le soleil.
Dans sa tasse, elle avale, à petites gorgées,
Ses rêves de la nuit, dans des méandres mauves.
Nos ébats amoureux se lisent sur ses lèvres.
Sa nuque blonde auréolée de gloire
Etincelle de grâce et de douceur.
Je pose ma main sur sa cuisse chaude,
Son genou frissonnant et mon cou plein d’abeilles.
D’un sourire, elle appuie, à ma joue un baiser.
Elle tourne vers moi ses grands yeux verts et graves,
Chargés des embruns clairs, de toutes nos étreintes.
D’un coup, un oiseau de feu
Tape du bec dans la vitre.
Il m’invite à danser et brûler avec elle,
Dans le soleil éclatant .
Ensemble nous entrons dans une ardente aurore ,
Aux promesses radieuses .
Toutes les féeries ne sont vécues qu’à deux .
Et tout ce qui fait ombre, au dedans, au dehors,
Ne peut rien contre nous.
Gaudeamus
18:35 Publié dans Poésies sur l'amour, les femmes.. | Lien permanent | Commentaires (2)
lundi, 12 décembre 2005
Discorde

La pomme de discorde, en nos cœurs coléreux.
Quelques larmes de sel, au canevas « je t’aime. »
Dans la ferme isolée, un coq, toujours le même,
Lance un cocorico, tel un roi amoureux.
Tu t’enroules sur toi, dans nos draps en charpie.
La chambre est trop petite et le lit bien trop grand.
Sur nos deux oreillers, brillent de faux diamants.
On mange du pain noir. On boit, jusqu’à la lie
Un café noir amer, dans deux bols mal lavés.
Dans la salle de bains, la douche goutte-à-goutte
M’empêche de pleurer. Mais ce que je redoute
Voilà, des pleurs, des cris qui vont tout raviver.
Des reproches passés, des querelles anciennes.
Nous n’avons plus le temps de nous raccommoder.
Le soleil est brûlant. Le coq est fatigué.
Je ferme ma valise et ouvre les persiennes.
On se tourne le dos. On est tout dépeignés.
N’ai-je rien oublié ? Je vais payer la note.
Tu me suis, et très fort, tu m'étreins et chuchotes :
« Nos deux brosses à dents sont restées dans l’évier. »
Gaudeamus (Poésies)
20:05 Publié dans Poésies sur l'amour, les femmes.. | Lien permanent | Commentaires (2)
samedi, 10 décembre 2005
Haïkus
Haïkus
Le Haïku japonais a 17 syllabes ou moins, ou plus qui sait ; il faut enfermer l’oiseau dans la cage et le laisser voler en liberté. C’est tout un poème…
.
Cet oiseau doit faire réfléchir et être beau. Il lui faut peu pour être beau, seulement un peu de sel, d’eau et quelques mots...
Pour le premier Haïku, en février 2002, un matin dans la ville de Saint-Etienne, « un fait divers », dans l’indifférence des badauds…
1
La femme couchée
dans les clous d’or protégés
sans bruit, va mourir.
2
Le chien fait le guet
près de son maître malade
lequel va mourir ?
3
Le soleil sourit
les tomates rougissent
qui va les manger ?
4
Un bruit dans le ciel
je regarde les nuages
un ange sourit
5
Un rêve d’enfant
Dans mon bol de café noir
Et tout devient rose
6
J’ai lu un poème
Dans ma tête comprimée
D’aspirines .
7
Un passant m’aborde
Sur la place du village
Il cherche son chien.
8
Quand les oiseaux chantent
Mon cœur me serre la main
Il me dit : sourit !.
9
Mon pain est vivant
Il m’a parlé ce matin
Il m’a dit bonjour.
10
J’ai chanté la messe
Le prêtre était endormi
Il veillait un mort.
11
Regarde la lune
Qu’elle drôle de bobine
Elle est bien malade
12
La petite fille
A des yeux couleur pervenche
On dirait le ciel.
13
Mon Haïku s’endort
Il cherche toujours
Son trésor.
14
J’écris une lettre
Dehors hurle la tempête
Mon encre est chagrin.
15
Je n’ai goût à rien
Le cerisier est fleuri
Il s’en moque bien.
16
Le jardin n’a pas de fleurs
La petite fille pleure
Papillon sèche lui ses pleurs.
17
J’ai vu un ami
Il m’a serré dans ses bras
De chanvre et de lierre.
18
Il s’est bien pendu
Sous l’olivier
Qui n’a pas cédé.
19
Le marbre a pleuré
Au Requiem d’un enfant
Drapé de lys blancs.
20
J’aime bien Cadou
Poète de la Brière
Il chante l’amour.
21
Récupérez-les
Les violeurs, les assassins
Ils saignent des mains.
22
Sous le chapiteau
Des livres crient aux auteurs
D’arranger leurs mots.
23
Le bazar est beau
Au-dehors, mais au-dedans
Quel capharnaüm.
24
Les blouses blanches
Sont penchées sur un gros cœur
Un cœur de cochon.
25
Sur la toile blanche
On se bat, on se tue
Pour noircir l’écran.
26
Au commissariat
Les flics abattent leurs cartes
Biseautées.
27
Soleil d’automne
Un papillon blanc sur l’herbe
Cherche une pâquerette.
28
Dans le froid des rues
Un clochard boit son sang chaud
A pleine bouteille.
29
La femme à la canne
ombre à petits pas voûtée
soliloque sur trois jambes.
30
Les feuilles d’automne
Couleurs châtaigne, or fripé
S’ébrouent dans le vent.
31
Anneau à l’oreille
Blouson gris à capuchon
Jeune homme qui est ton maître ?
32
miroirs brisés
sous les pas des piétons
dans les flaques d’eau
33
Les pommes sont cuites
Chez le sommelier
Son vin est piqué.
34
Le soleil endort
Les agneaux de lait
Couchés dans le ciel
35
Pour son enterrement
On a tiré un vin noir
Dans les nuages.
36
Chair cartonnée
Aux cendres du temps
Vous ridez.
37
La lune bleue affûte
Les poignards
Accrochés aux mains.
38
Ombre et lumière
Nuit et jour
A quelle chandelle vous accrocher ?
16:00 Publié dans Haïkus | Lien permanent | Commentaires (3)
Israéliens, Palestiniens
Supplique
Israéliens, Palestiniens,
Puissiez-vous vous serrer la main.
Les enfants des deux camps
Joueraient ensemble,
Sur les places, les rues
Et ramasseraient côte à côte
les épis dans les champs.
Les femmes pleureraient de joie,
Et sans crainte mettraient au monde des enfants.
Israéliens, Palestiniens,
Je n’ai de parti pris.
Je ne suis d’aucun bord .
Je pense qu’il devient urgent
De vous serrer la main.
Oubliez vos rancunes ,
Oubliez vos rancœurs.
Ils ne vous apportent que le malheur.
O Seigneur Jésus, n’êtes-vous venu
Que pour semer la guerre ?
Vous n’aviez ni chars ni tanks ni avions,
Pour vous défendre de vos ennemis .
Vous fûtes le seul kamikaze
De votre vie,
Par amour pour nous tous, pour eux, pour tous les hommes.
Hélas, votre message
N’a pas été compris.
O revenez Jésus, sur cette pauvre terre.
Elle souffre Elle n’en peut plus
De larmes, de sang, et de guerres.
Israéliens, Palestiniens,
Embrassez-vous,
Serrez-vous la main.
Grâce à ce geste,
Un nouveau genre humain éclairera le monde.
Gaudeamus (mes textes)
14:00 Publié dans POEMES "COUPS DE GUEULE" | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 09 décembre 2005
Prémonition

« c'est l'époque où, faute de dryades, on embrasse, sans dégoût, le tronc des chênes » (Baudelaire).
Prémonition
Mes doutes, mes espoirs
Survolent tous les toits
Du village endormi
La lune mauve hésite
Entre grosse ou petite
Le clocher de l’église
Part en petits morceaux
Dans le ciel étoilé
Poursuivi par les ombres.
Sous un vieux chêne énorme,
Je guette l’avenir.
Mes mains caressent l’arbre
Soyeux comme une épaule
D’une femme endormie.
De sa crinière rouge
Soudain des glands, des dés
Se collent à mes doigts.
Je couds mes yeux aux siens
Et ma bouche à la sienne
Toute chair confondue.
Voilà, c’est sûr, l’annonce
De la survenue proche
D’une dryade rousse
Déliée de tout serment.
Créature plus douce
Créature plus belle
Qu’inattendue ce soir.
Dryade ensorceleuse.
Elle arrive porteuse
De toutes les rumeurs
Sauvages, cajoleuses
De cette féerique
Etrange nuit d’été.
Gaudeamus (mes textes)
18:35 Publié dans Poésies sur l'amour, les femmes.. | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 08 décembre 2005
Pourfendre
Pourfendre
L’héritage putride
L’hydre à têtes multiples
Les chacals aux yeux verts.
Le petit homme obscur,
Le pire des insectes,
Plus cruel qu’un félin
Rôde dans le béton.
Les miroirs à facettes
Multiplient l’homme insecte
Les anges blancs maudits n’ont plus droit de cité.
Prêcheurs des parafoudres,
Vous falsifiez les mots !
Vous acérez vos langues,
Dans vos prédications,
Mortelles, mensongères.
Vos oraisons barbues
Sont d’un dieu inconnu.
Chaque instant, un landau peut partir en fumée.
Les poubelles vomir des clous très meurtriers.
Des nuages noirs, lourds, vont cabosser la ville.
Les terrasses , les rues, les magasins, les tours.. .
Pourraient bien éclater, comme des fruits pourris.
Mon cœur blessé entrouvre
Les portes de l’enfer… Gaudeamus (mes textes)
10:40 Publié dans POEMES "COUPS DE GUEULE" | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 06 décembre 2005
Diderot
« La mélancolie c’est le sentiment habituel de notre imperfection. »
Diderot
21:15 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 02 décembre 2005
Outreau réquisitoire
OUTREAU REQUISITOIRE
Malheur à vous juges,
Malheur à vous psys,
Experts en tous genres,
D’avoir condamné,
Autant d’innocents,
Sur la foi d’enfants,
Abusés, violés
Et manipulés,
Par votre justice
Et par des parents,
Indignes du nom
De père et de mère.
Malheur à vous juges,
Malheur à vous psys,
Experts en tous genres,
Beaucoup trop payés.
Vous n’êtes pas dignes
De faire un travail
Si humble soit-il,
Bien mieux accompli,
Par de braves gens,
Plus sérieux que vous.
Réviser vos cours
De psychologie.
Vos rapports humains
Sont un vrai chagrin.
Malheur à vous juges,
Malheur à vous psys,
Experts en tous genres.
Vous êtes des monstres.
Sans cœur, sans pitié.
Vous serez jugés
Serez condamnés,
Par vos inculpés,
Quatorze innocents
Bafoués et dont un
Poussé au suicide
Tous désespérés
Par une justice
Inique et violente.
Qu’ils n’hésitent pas,
Ainsi que vos pairs
Sans faille et intègres,
A vous envoyer
Croupir en enfer.
Gaudeamus
15:20 Publié dans POEMES "COUPS DE GUEULE" | Lien permanent | Commentaires (3)
mardi, 29 novembre 2005
Louis Lefebvre
Prière du soir
Mon père, me voilà ; ma journée est finie.
Si j'ai fait quelques biens, je vous en remercie ;
Et si j'ai fait le mal, que votre charité
Pardonne encore à ma constante indignité !
Dans ce calme nocturne où je crois vous entendre,
Je songe à l'autre nuit que je verrai descendre
Lorsque le dernier jour à mes yeux aura luit.
Car la mort tombera comme tombe la nuit,
Comme elle irrésistible et profonde comme elle.
Que de toutes mes nuits elle soit la plus belle.
Ce soir, ainsi qu'on fait à l'heure de la mort,
Je vous offre mon âme à l’heure où je m'endors.
Mon père, accueillez- la cette pauvre âme offerte,
L’élevant un instant hors de la chair inerte,
Faites que je la sente hésiter et partir,
Afin qu'en m'endormant, je m’apprenne à mourir.
Louis Lefebvre (La prière d'un homme)
20:25 Publié dans Poètes du monde entier | Lien permanent | Commentaires (0)
Louis Lefebvre
Prière du matin,
Dans le matin naïf comme ces doux enfants
Qui ne font jamais rien de ce qu'on leur défend,
Dans le matin, tout jeune et pur sous sa rosée,
Je vous adore avec une âme reposée.
J'aime bien vous jeter mon appel matinal :
Je n’ai pas encore eu le temps de faire mal,
J’ai moins honte de moi, misérable et sincère,
Et je pense toujours que je saurai mieux faire.
Cette fraîcheur inexprimable du matin,
Comme d’un clair manteau de fragile satin,
Mon père, couvrez-m’en pour toute ma journée !
Maintenant sitôt ma prière terminée,
Je vais rentrer parmi les hommes et le bruit ;
Faites qu'au milieu d’eux, et jusqu'à cette nuit,
Je sente, pure et fraîche en moi comme l'aurore,
Mon âme se lever et se lever encore !
Louis Lefebvre
« La prière d'un homme »
20:20 Publié dans Poètes du monde entier | Lien permanent | Commentaires (0)
Sully Prudhomme (1839 -- 1908)
Les yeux.
Bleues ou noires, tous aimés, tous beaux,
Des yeux sans nombre ont vu l’aurore ;
Ils dorment au fond des tombeaux
Et le soleil se lève encore.
Les nuits plus douces que les jours
Ont enchanté des yeux son ombre ;
Les étoiles brillent toujours
Et les yeux se sont remplis d'ombre.
Oh ! Qu'ils Aient perdu le regard,
Non, non, cela n'est pas possible.
Ils se sont tournés quelque part
Vers ce qu'on nomme l’invisible ;
Et comme les astres penchants
Nous quittent, mais au ciel demeurent,
Les prunelles ont leurs couchants,
mais il n'est pas vrai qu’elles meurent :
Bleues ou noires, tous aimés, tous beaux,
Ouverts à quelque immense aurore,
De l'autre côté des tombeaux
Les yeux qu’on ferme voient encore..
René-François Sully Prudhomme (1839 -- 1908)
( La Vie Intérieure)
20:20 Publié dans Poètes du monde entier | Lien permanent | Commentaires (0)
Sully Prudhomme (1839 – 1908 )
Le vase brisé
Le vase ou meurt cette verveine
D'un coup d'éventail fut fêlé ;
Le coup dut l'effleurer à peine,
Aucun bruit ne l'a révélé.
Mais la légère meurtrissure,
Mordant le cristal chaque jour,
D'une marche invisible et sure
En a fait lentement le tour.
Son eau fraîche a fui goutte-à-goutte
Le suc des fleurs s'est épuisé.
Personne encore ne s’en doute,
N'y touchez pas, il est brisé.
Souvent aussi la main qu'on aime
Effleurant le corps, le meurtrit ;
Puis, le corps se fend de lui-même,
La fleur de son amour périt ;
Toujours intact aux yeux du monde,
Il sent croître et pleurer tout bas
Sa blessure fine et profonde :
Il est brisé, n'y touchez pas.
Sully Prudhomme (1839 – 1908 )
(La Vie Intérieure - 1865)20:20 Publié dans Poètes du monde entier | Lien permanent | Commentaires (2)
Arthur Rimbaud (1854 -- 1891)
Le dormeur du val
C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent, où le soleil de la montagne fière,
Luit ; c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme.
Nature, berce le chaudement : il a froid !
Les parfums ne Font pas frissonner sa marine ;
Il dort dans le soleil la main sur la poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
Arthur Rimbaud (1854 -- 1891)
(Poésies)
Rimbaud a publié ses vers, un « Croquis de Guerre » , en novembre 1870 , dans le Progrès des Ardennes.
20:15 Publié dans Poètes du monde entier | Lien permanent | Commentaires (0)
Émile Goudeau (1850 -- 1906)
Le clown de l'ironie.
Brillamment, tout le jour, il avait combattu
Pour ses rêves, pour ses espoirs, pour ses idées,
Lançant, audacieux, ses forces débridées
A l’assaut du bonheur, cet assiégé têtu.
Les assistants disaient : « ce lutteur est vêtu
D'ironie et de grâce et, par le larges bordées,
Le rire éclate aux coins de ses lèvres fardées :
On ne l'a jamais vu ni las, ni courbatu. »
Le soir, il salua debout la galerie,
Clown élégant qui veut qu’au Public on sourie,
Puis, pour aller dormir un peu se retira.
Dans le logis hanté du spleen et des migraines,
Il lorgna vaguement les étoiles sereines.
Et, quand il eut fermé sa fenêtre, il pleura ...
Émile Goudeau (1850 -- 1906)
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Albert Samain (1858 -- 1900)
La cuisine.
Dans la cuisine où flotte une senteur de thym,
Au retour du marché, comme un soir de butin,
S’entassent pêle-mêle avec les lourdes viandes,
Les pruneaux, des radis, les oignons en guirlandes.
Les grands choux violets, le rouge potiron,
La tomate vivace et le pâle citron.
Comme un grand cerf-volant la raie énorme et plate
Gît, fouillée au couteau, d’une plaie écarlate.
Un lièvre au poil rougi traîne sur les pavés
Avec des yeux pareils à des raisins crevés.
D'un tas d'huîtres vidé d'un panier couvert d'algues
Monte l'odeur du large et la fraîcheur des vagues.
Les cailles, les perdreaux au doux ventre ardoisé
Laissent, du sang au bec, pendre leur cou brisé ;
C'est un étal vibrant de fruits verts, de légumes
De nacre, d'argent clair, d’écailles et de plumes.
Un tronçon de saumon saigne et, vivant encore,
Un grand homard de bronze, acheté sur le port,
Parmi la victuaille au hasard entassée
Agite, agonisant, une antenne cassée.
Albert Samain (1858 -- 1900)
(Le Chariot d'Or -- 1901)
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Albert Samain (1858 -- 1900)
Il est d’étranges soirs...
Il est d'étranges soirs où les fleurs ont une âme
Où dans l'air énervé flotte du repentir,
Où sur la vague lente et lourde d'un soupir
Le cœur le plus secret aux lèvres vient mourir.
Il est d'étranges soirs où les fleurs ont une âme,
Et ces soirs-là, je vais tendre comme une femme.
Il est des clairs matins fils, de roses se coiffant,
Où l’âme a des gaietés d’eaux vives dans les roches,
Où le cœur est un ciel de Pâques plein de cloches
Où la chair est sans tache et l’esprit sans reproches.
Il est de clairs matins de roses se coiffant,
Ces matins-là, je vais joyeux comme un enfant
Il est de mornes jours où, las de se connaître,
Le cœur, vieux de mille ans s'assied sur son butin,
O% le plus cher passé semble un décor déteint,
Où s'agite un vague et minable cabotin.
Il est de mornes jours, las du poids de connaître,
Et ces jours-là, je vais courbé comme un ancêtre !
Il est des nuits de doute, où l'angoisse vous tord,
Où l’âme, au bout de la spirale descendue,
Pâle et sur l'infini terrible suspendue,
Sent le vent de l'abîme et recule perdue !
Il est des nuits de doute, où l'angoisse vous tord,
Et ces nuits-là, je suis dans l’ombre comme à mort.
Albert Samain (1858 -- 1900)
(Au Jardin de l’Infante -- 1893)
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Théodore de Banville (1829 - 1891)
A ma mère.
Lorsque ma sœur et moi, dans les forêts profondes,
Nous avions déchiré nos pieds sur les cailloux,
En nous baisant au front, tu nous appelais fous,
Après avoir maudit nos courses vagabondes.
Puis, comme un vent d’été confond les fraîches ondes
De deux petits ruisseaux sur un lit calme et doux ,
Lorsque tu nous tenais tous deux sur tes genoux,
Tu mêlais en riant nos chevelures blondes.
Et pendant bien longtemps, nous restions là blottis,
Heureux, et tu disais parfois : « O chers petits !
Un jour, vous serez grands, et moi je serai vieille ! »
Les jours se sont enfuis d’un vol mystérieux,
Mais toujours la jeunesse éclatante et vermeille
Fleurit dans ton sourire et brille dans tes yeux.
Théodore de Banville (1829 -- 1891)
(Roses de Noël)
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