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lundi, 12 décembre 2005

Discorde

 

La pomme de discorde, en nos  cœurs coléreux.

Quelques larmes de sel, au canevas « je t’aime. »

Dans la ferme isolée, un coq, toujours le même,

Lance un cocorico, tel un roi amoureux.

 

Tu t’enroules sur toi, dans nos draps en charpie.

La chambre est trop petite et le lit bien trop grand.

Sur nos deux oreillers, brillent de faux diamants.

On mange du pain noir. On boit, jusqu’à la lie

 

Un café noir amer, dans deux bols mal lavés.

Dans la salle de bains, la douche goutte-à-goutte

M’empêche de pleurer. Mais ce que je redoute

Voilà, des pleurs, des cris qui vont tout raviver.

 

Des reproches passés, des querelles anciennes.

Nous n’avons plus le temps de nous raccommoder.

Le soleil est brûlant. Le coq est fatigué.

Je  ferme ma valise et  ouvre les persiennes.

 

On se tourne le dos. On est tout dépeignés.

N’ai-je rien oublié ? Je vais payer la note.

Tu me suis, et très fort, tu m'étreins et chuchotes :

« Nos deux brosses à dents sont restées dans l’évier. »

Gaudeamus  (Poésies)

 
 
 
 
 

samedi, 10 décembre 2005

Haïkus


 


 

  Haïkus
 
 
 

Le Haïku japonais a 17 syllabes ou moins, ou plus qui sait ; il faut enfermer l’oiseau dans la cage et le laisser voler en liberté. C’est tout un poème…

.

Cet oiseau doit faire réfléchir et être beau. Il lui  faut peu pour être beau, seulement un peu de sel, d’eau et quelques mots...

 
 
 
 
 
 
 
 
Pour le premier Haïku, en février 2002, un matin dans la ville de Saint-Etienne, « un fait divers », dans l’indifférence des badauds…
1
La femme couchée
dans les clous d’or protégés
sans bruit, va mourir.
 
2

Le chien fait le guet

près de  son maître malade

lequel va mourir ?

 

3

Le soleil sourit

les tomates rougissent

qui va les manger ?

 

4

Un bruit dans le ciel

je regarde les  nuages

un ange sourit

 

5

Un rêve d’enfant

Dans mon bol de café noir

Et tout devient rose

 

6

J’ai lu un poème

Dans ma tête comprimée

D’aspirines .

 

7

Un passant m’aborde

Sur la place du village

Il cherche son chien.

 
 

8

Quand les oiseaux chantent

Mon cœur me serre la main

Il me dit : sourit !.

 

9

Mon pain est vivant

Il m’a parlé ce matin

Il m’a dit bonjour.

 

10

J’ai chanté la messe

Le prêtre était endormi

Il veillait un mort.

 

11

Regarde la lune

Qu’elle drôle de bobine

Elle est bien  malade

 

12

La  petite fille

A des yeux couleur pervenche

On dirait le ciel.

 
 
 
 

13

Mon Haïku s’endort

Il cherche toujours

Son trésor.

 

14

J’écris une lettre

Dehors hurle la tempête

Mon encre est chagrin.

 

15

Je n’ai goût à rien

Le cerisier est fleuri

Il s’en moque bien.

 

16

Le jardin n’a pas de fleurs

La petite fille pleure

Papillon sèche lui ses pleurs.

 

17

J’ai vu un ami

Il m’a serré dans ses bras

De chanvre et de lierre.

 

18

Il s’est bien pendu

Sous l’olivier

Qui n’a pas cédé.

 

19

Le marbre a pleuré

Au Requiem d’un enfant

Drapé de lys blancs.

 

20

J’aime bien Cadou

Poète de la Brière

Il chante l’amour.

 
 
 

21

Récupérez-les

Les violeurs, les assassins

Ils saignent des mains.

 
 
 

22

Sous le chapiteau

Des   livres crient aux auteurs

D’arranger leurs mots.

 
 

23

Le bazar est beau

Au-dehors, mais au-dedans

Quel capharnaüm.

 

24

Les blouses blanches

Sont penchées sur un gros cœur

Un cœur de cochon.

 

25

Sur la toile blanche

On se bat, on se tue

Pour noircir l’écran.

 

26

Au commissariat

Les flics abattent leurs cartes

Biseautées.

 

27

Soleil d’automne

Un papillon blanc sur l’herbe

Cherche une pâquerette.

 

28

Dans le froid des rues

Un clochard boit son sang chaud

A pleine bouteille.

 

29

La femme à la canne

ombre à petits pas voûtée

soliloque sur trois jambes.

 

30

Les feuilles d’automne

Couleurs châtaigne, or fripé

S’ébrouent dans le vent.

 

31

Anneau à l’oreille

Blouson gris à capuchon

Jeune homme qui est ton maître ?

 

32

miroirs brisés

sous les pas des piétons

dans les flaques d’eau

33

Les pommes sont cuites

Chez le sommelier

Son  vin est piqué.

 

34

Le soleil endort

Les agneaux de lait

Couchés dans le ciel

 

35

Pour son enterrement

On a tiré un vin noir

Dans les nuages.

 

36

Chair cartonnée

Aux cendres du temps

Vous ridez.

 

37

La lune bleue affûte

Les poignards

Accrochés aux mains.

 

38

Ombre et lumière

Nuit et jour

A quelle chandelle vous accrocher ?

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 

16:00 Publié dans Haïkus | Lien permanent | Commentaires (3)

Israéliens, Palestiniens

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Supplique

 
 
 
 

Israéliens, Palestiniens,                           

Puissiez-vous vous serrer la main.              

Les enfants des deux camps                        

Joueraient ensemble,                                     

Sur les places, les rues                                 

Et ramasseraient côte à côte                       

les épis dans les champs.                             

Les femmes pleureraient de joie,                          

Et sans crainte mettraient au monde des enfants.   

 

Israéliens, Palestiniens,                  

Je n’ai  de parti pris.    

Je ne suis d’aucun bord .   

Je pense qu’il devient urgent   

De vous serrer la main.     

Oubliez vos rancunes ,  

Oubliez vos  rancœurs.  

Ils  ne vous apportent que le malheur.    

 

O Seigneur Jésus, n’êtes-vous venu  

Que pour semer la guerre ?     

 

Vous n’aviez ni chars ni tanks ni avions, 

Pour vous défendre de vos ennemis .   

Vous fûtes le seul kamikaze

De votre vie, 

Par amour pour nous tous, pour eux, pour tous les hommes. 

Hélas, votre message

N’a pas été compris.

 

O revenez  Jésus, sur cette pauvre  terre.  

Elle souffre Elle n’en peut plus   

De larmes, de sang, et de guerres.    

 

Israéliens, Palestiniens,      

Embrassez-vous,                  

Serrez-vous la main. 

Grâce à ce geste,     

Un nouveau  genre humain éclairera le monde.

Gaudeamus (mes textes)

 

vendredi, 09 décembre 2005

Prémonition

    « c'est l'époque où, faute de dryades, on embrasse, sans dégoût, le tronc des chênes » (Baudelaire).

 
 

 

 Prémonition

 
 

Mes doutes, mes espoirs

Survolent tous les toits

Du village endormi

 

La lune mauve hésite

Entre grosse ou petite

 

Le clocher de l’église

Part en petits morceaux

Dans le ciel étoilé

Poursuivi par les ombres.

 

Sous un vieux  chêne énorme,

Je guette l’avenir.

Mes mains caressent l’arbre

Soyeux comme une épaule

D’une femme endormie.

 

De sa crinière rouge

Soudain des glands, des dés

Se collent à mes doigts.

Je couds mes yeux aux siens

Et ma  bouche à la sienne

Toute chair confondue.

 

Voilà, c’est sûr, l’annonce

De la survenue proche

D’une dryade rousse

Déliée de tout serment.

 

Créature plus douce

Créature plus belle

Qu’inattendue ce soir.

 

Dryade ensorceleuse.

Elle arrive porteuse

De toutes les rumeurs

Sauvages, cajoleuses

De cette féerique

Etrange nuit d’été.   

Gaudeamus   (mes textes)                                     

 

 

 

jeudi, 08 décembre 2005

Pourfendre

Pourfendre                                  
L’héritage putride              
L’hydre à têtes multiples            
Les chacals aux yeux verts.         
                       
Le petit homme obscur,                                     
Le pire des insectes,      
Plus cruel qu’un félin               
Rôde dans le béton.                   
                       
Les miroirs à facettes                      
Multiplient l’homme insecte                   
 
Les anges blancs maudits n’ont plus droit de cité.
 
Prêcheurs des parafoudres,                            
Vous falsifiez  les mots !                                       
Vous acérez vos langues,                    
Dans vos prédications,
Mortelles, mensongères.
Vos oraisons barbues
Sont d’un dieu inconnu.         
 
 Chaque instant, un landau peut partir en fumée.              
 Les poubelles vomir des clous très meurtriers.            
 
Des nuages noirs, lourds,  vont cabosser  la ville.                      
 
Les terrasses , les rues, les magasins, les tours.. .                               
Pourraient bien éclater, comme des fruits pourris.                 
 
Mon cœur blessé entrouvre                 
Les portes de l’enfer…          
 Gaudeamus (mes textes)

mardi, 06 décembre 2005

Diderot

« La mélancolie c’est le sentiment habituel de notre imperfection. »
Diderot

21:15 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 02 décembre 2005

Outreau réquisitoire

OUTREAU REQUISITOIRE

 

Malheur à vous juges,

Malheur à vous psys,

Experts en tous genres,

D’avoir condamné,

Autant d’innocents,

Sur la foi d’enfants,

Abusés, violés

Et manipulés,

Par votre justice

Et par des parents,

Indignes du nom

De père et de mère.

 

Malheur à vous juges,

Malheur à vous psys,

Experts en tous genres,

Beaucoup trop payés.

Vous n’êtes pas dignes

De faire un travail

Si humble soit-il,

Bien mieux accompli,

Par de braves gens,

Plus sérieux que vous.

Réviser vos cours

De psychologie.

Vos rapports humains

Sont un vrai chagrin.

 

Malheur à vous juges,

Malheur à vous psys,

Experts en tous genres.

Vous êtes des monstres.

Sans cœur, sans pitié.

Vous serez jugés

Serez condamnés,

Par vos inculpés,

Quatorze innocents

Bafoués et dont un

Poussé au suicide

Tous désespérés

Par une justice

Inique et violente.

Qu’ils n’hésitent pas,

Ainsi que vos pairs

Sans faille et intègres,

A vous envoyer

Croupir en enfer.

 

Gaudeamus

                       

mardi, 29 novembre 2005

Louis Lefebvre

Prière du soir

 

Mon père, me voilà ; ma journée est finie.

Si j'ai fait quelques biens, je vous en remercie ;

Et si j'ai fait le mal,  que votre charité

Pardonne encore à ma constante indignité !

 

Dans ce calme nocturne où je crois vous entendre,

Je songe à l'autre nuit que je verrai descendre

Lorsque le dernier jour à mes yeux aura luit.

Car la mort tombera comme tombe la nuit,

 

Comme elle irrésistible et profonde comme elle.

Que de toutes mes nuits elle soit la plus belle.

Ce soir, ainsi qu'on fait à l'heure de la mort,

Je vous offre mon âme à l’heure où je m'endors.

 

Mon père, accueillez- la cette pauvre âme offerte,

L’élevant un instant hors de la chair inerte,

Faites que je la sente hésiter et partir,

Afin qu'en m'endormant, je m’apprenne à mourir.

 

Louis Lefebvre (La prière d'un homme)

Louis Lefebvre

Prière du matin,

 

Dans le matin naïf comme ces doux enfants

Qui ne font jamais rien de ce qu'on leur défend,

Dans le matin, tout jeune et pur sous sa rosée,

Je vous adore avec une âme reposée.

 

J'aime bien vous jeter mon appel matinal :

Je n’ai  pas encore eu le temps de faire mal,

J’ai moins honte de moi, misérable et sincère,

Et je pense toujours que je saurai mieux faire.

 

Cette fraîcheur inexprimable du matin,

Comme d’un clair manteau de fragile satin,

Mon père, couvrez-m’en pour toute ma journée !

Maintenant sitôt ma prière terminée,

 

Je vais rentrer parmi les hommes et le bruit ;

Faites qu'au milieu d’eux, et jusqu'à cette nuit,

 Je sente, pure et fraîche en moi comme l'aurore,

Mon âme se lever et se lever encore !

 

Louis Lefebvre

 « La prière d'un homme »

 
 

Sully Prudhomme (1839 -- 1908)

Les yeux.

 

Bleues ou noires, tous aimés, tous beaux,

Des yeux sans nombre ont vu l’aurore ;

Ils dorment au fond des tombeaux

Et le soleil se lève encore.

 

Les nuits  plus douces que les jours

Ont enchanté des yeux son ombre ;

Les étoiles brillent toujours

Et les yeux se sont remplis d'ombre.

 

Oh ! Qu'ils Aient perdu le regard,

Non, non, cela n'est pas possible.

Ils se sont tournés quelque part

Vers ce qu'on nomme l’invisible ;

 

Et comme les astres penchants

Nous quittent, mais au ciel demeurent,

Les prunelles ont leurs couchants,

mais il n'est pas vrai qu’elles meurent :

 

Bleues ou noires, tous aimés, tous beaux,

Ouverts à quelque immense aurore,

De l'autre côté des tombeaux

Les yeux qu’on ferme voient encore..

 
René-François Sully Prudhomme (1839 -- 1908)
 

 ( La Vie Intérieure)

Sully Prudhomme (1839 – 1908 )

Le vase brisé

Le vase ou meurt cette verveine

D'un coup d'éventail  fut fêlé ;

Le coup dut  l'effleurer à peine,

Aucun bruit ne l'a révélé.

Mais la légère meurtrissure,

Mordant le cristal chaque jour,

D'une marche invisible et sure

En a fait lentement le tour.

Son eau fraîche a fui goutte-à-goutte

Le suc des fleurs s'est épuisé.

Personne encore ne s’en doute,

N'y touchez pas, il est brisé.

 

Souvent aussi la main qu'on aime

Effleurant le corps, le meurtrit ;

Puis, le corps se fend de lui-même,

La fleur de son amour périt  ;

 

Toujours intact aux yeux du monde,

Il sent  croître et pleurer tout bas

Sa blessure fine et profonde :

Il est brisé, n'y touchez pas.

 

Sully Prudhomme (1839 – 1908 )

 (La Vie Intérieure - 1865)

Arthur Rimbaud (1854 -- 1891)

 

Le dormeur du val

C'est un trou de verdure où chante une rivière

Accrochant follement aux herbes des haillons

D'argent, où le soleil de la montagne fière,

Luit ; c'est un petit val qui mousse de rayons.

 
 

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu

Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

 

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

Sourirait un enfant malade, il fait un somme.

Nature, berce le chaudement : il a froid !

 

Les parfums ne Font pas frissonner sa marine ;

Il dort dans le soleil la main sur la poitrine,

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

 

Arthur Rimbaud (1854 -- 1891)

(Poésies)

Rimbaud a publié ses vers, un « Croquis de Guerre » , en novembre 1870 , dans le Progrès des Ardennes.

Émile Goudeau (1850 -- 1906)

Le clown de l'ironie.

 

Brillamment, tout le jour, il avait combattu

Pour ses rêves, pour ses espoirs, pour ses idées,

Lançant, audacieux, ses forces débridées

A l’assaut du bonheur, cet assiégé têtu.

 

Les assistants disaient : « ce lutteur est vêtu

D'ironie et de grâce et, par le larges bordées,

Le rire éclate aux coins de ses lèvres fardées :

On ne l'a jamais vu ni las, ni courbatu. »

 

Le soir, il salua debout la galerie,

Clown élégant qui veut qu’au Public on sourie,

Puis, pour aller dormir un peu se retira.

 

Dans le logis hanté du spleen et des migraines,

Il lorgna vaguement les étoiles sereines.

Et, quand il eut fermé sa fenêtre, il pleura ...

 
Émile Goudeau (1850 -- 1906)

Albert Samain (1858 -- 1900)

La cuisine.

 

Dans la cuisine où flotte une senteur de thym,

Au retour du marché, comme un soir de butin,

S’entassent pêle-mêle avec les lourdes viandes,

Les pruneaux, des radis, les oignons en guirlandes.

 

Les grands choux violets, le rouge potiron,

La tomate vivace et le pâle citron.

Comme un grand cerf-volant la raie énorme et plate

Gît, fouillée au couteau, d’une plaie écarlate.

 

Un lièvre au poil rougi traîne sur les pavés

Avec des yeux pareils à des raisins crevés.

D'un tas d'huîtres vidé d'un panier couvert d'algues

Monte l'odeur du large et la fraîcheur des vagues.

 

Les cailles, les perdreaux au doux ventre ardoisé

Laissent, du sang au bec, pendre leur cou brisé ;

C'est un étal vibrant de fruits verts, de légumes

De nacre, d'argent clair, d’écailles et de plumes.

 

Un tronçon de saumon saigne et, vivant encore,

Un grand homard de bronze, acheté sur le port,

Parmi la victuaille au hasard  entassée

Agite, agonisant, une antenne cassée.

 

Albert Samain (1858 -- 1900)

(Le Chariot d'Or -- 1901)

Albert Samain (1858 -- 1900)

Il est d’étranges soirs...

 

Il est d'étranges soirs où les fleurs ont une âme

Où dans l'air énervé flotte du repentir,

Où sur la vague lente et lourde d'un soupir

Le cœur le plus secret aux lèvres vient mourir.

Il est d'étranges soirs où les fleurs ont une âme,

Et ces soirs-là, je vais tendre comme une femme.

 

Il est des clairs matins fils, de roses se coiffant,

Où l’âme a des  gaietés d’eaux vives dans les roches,

Où le cœur est un ciel de Pâques plein de cloches

Où la chair est sans tache et l’esprit sans reproches.

Il est de clairs  matins de roses se coiffant,

Ces matins-là, je vais joyeux comme un enfant

 

Il est de mornes jours où, las de se connaître,

Le cœur, vieux de mille ans s'assied sur son butin,

O% le plus cher passé semble un décor déteint,

Où s'agite un vague et minable cabotin.

Il est de mornes jours, las du poids de connaître,

Et ces jours-là, je vais courbé comme un ancêtre !

 

Il est des nuits de doute, où l'angoisse vous tord,

Où l’âme, au bout de la spirale descendue,

Pâle et sur l'infini terrible suspendue,

Sent le vent de l'abîme et recule perdue !

Il est des nuits de doute, où l'angoisse vous tord,

Et ces nuits-là, je suis dans l’ombre comme à mort.

 

Albert Samain (1858 -- 1900)

(Au Jardin de l’Infante -- 1893)

 

Théodore de Banville (1829 - 1891)

A ma mère.

 

Lorsque ma sœur et moi, dans les forêts profondes,

Nous avions déchiré nos pieds sur les cailloux,

En nous baisant au front, tu nous appelais fous,

Après avoir maudit nos courses vagabondes.

 

Puis, comme un vent d’été confond les fraîches ondes

De deux petits ruisseaux sur un lit calme et doux ,

Lorsque tu nous tenais tous deux sur tes genoux,

Tu mêlais en riant nos chevelures blondes.

 

Et pendant bien longtemps, nous restions là blottis,

Heureux, et tu disais parfois : « O chers petits  !

Un jour, vous serez grands, et moi je serai vieille ! »

 

Les jours se sont enfuis d’un vol mystérieux,

Mais toujours la jeunesse éclatante et vermeille

Fleurit dans ton sourire et brille dans tes yeux.

 

Théodore de Banville (1829 -- 1891)

(Roses de Noël)

Mon clochard

 
 

Dans le parc désert

Sous un froid glacial

Un clochard barbu

Et bien mal vêtu

Boit à la bouteille

Les dernières gouttes

De son sang gelé.

Je m’approche de lui

Je lui tends la main.

Son regard perdu

Son regard lointain

Cherche  dans sa tête.

« Est-ce mon ami

Ou un ennemi ? »

« T’as pas un euro ? »

« Plutôt un refuge ? »

« Qu’on me fout’ la paix ! »

Le bonhomme insiste :

« T’as pas un euro ? »

Je lui en sers dix.

Il rit, me sourit.

Il bafouille un mot :

Un petit merci

Et vite m’oublie

Je pars mécontent

Bouillant de colère

Dans mon sang bien chaud

Mais, ai-je le droit

D’obliger un pauvre

A mener la vie

D’un petit bourgeois ?

J’en sais foutre rien.

Sa richesse à lui

C’est son vin. Putain !

 

Gaudeamus

 
 
 

samedi, 26 novembre 2005

Mort comme un chien

 Aujourd’hui 25 novembre 2005  

J’ai effacé de mon blog tous mes écrits, poèmes, etc., pour le dédier à cet homme mort ce matin de froid, et aussi à tant et tant d’autres d’hier, d’aujourd’hui et, hélas ! encore demain…  

Quand cela prendra-t-il fin ? Il y en a marre des bons sentiments, des promesses des hommes politiques, de cette société aveugle, sourde, indifférente au malheur qui les entoure… Il y en a marre, archi marre ! Mais bon dieu ! quand cela prendra-t-il fin ?

 

 

 

Mort comme un chien.

 

Ô mon Dieu pourquoi, mais pourquoi ?

Un homme a été expulsé,

Comme un chien galeux, misérable.

Bien sûr, juste avant les grands froids.

 

On l’a retrouvé ce matin

Mort gelé, mort dans sa voiture

Avec quelque argent dans ses poches

Et des provisions dans son coffre.

 

Ô mon Dieu pourquoi, mais pourquoi ?

Il est mort fier, en plein hiver,

Rejeté, déçu par ses frères

Qui ne savaient pas, mais pourquoi ?

 

Le cœur de l’Abbé Pierre pleure,

Lui, le combattant du malheur.

Je dédie ces quatrains, à Toi,

Pauvre Inconnu, mort comme un chien.

 

Gaudeamus

 

 

vendredi, 25 novembre 2005

Léon Deubel

 

Merci de vos commentaires et je vous répondrais par ce poème de Léon Deubel qui a connu la vie de bohème…avec l’abandon, la détresse et le désespoir.

Une nuit de janvier 1906, sa misère le conduit au Carrrousel, et là, sur un banc, dans l’ombre, il composa cette prière : la prière de l’âme humaine qui souffre, et entrevoit, au travers de ses douleurs, Le Consolateur.

 

 Seigneur ! je suis sans pain, sans rêve et sans demeure.
Les hommes m’ont chassé parce que je suis nu,
Et ces frères en vous ne m’ont pas reconnu
Parce que je suis pauvre et parce que je pleure.
 
Je les aime pourtant comme c’était écrit
Et j’ai connu par eux que la vie est amère,
Puisqu’il n’est pas de femme qui veuille être ma mère
Et qu’il n’est pas de cœur qui entende mes cris.
 
Je sens, autour de moi, que les bruits sont calmés,
Que les hommes sont las de leur fête éternelle.
Il est bien vrai qu’ils sont sourds à ceux qui appellent.
Seigneur ! pardonnez-moi s’ils ne m’ont pas aimé !
 
Seigneur ! j’étais sans rêve et voici que la lune
Ascende le ciel clair comme une route haute.
Je sens que son baiser m’est une pentecôte,
Et j’ai mené ma peine aux confins de sa dune.

Mais j’ai bien faim de pain, Seigneur ! et de baisers !
Un grand besoin d’amour me tourmente et m’obsède,
Et sur mon banc de pierre rude se succèdent
Les fantômes de Celles qui l’auraient apaisé.
 
Le vol de l’heure émigre en des infinis sombres,
Le ciel plane, un pas se lève dans le silence,
L’aube indique les fûts dans la forêt de l’ombre,
Et c’est la Vie, énorme encor qui recommence !


 


lundi, 21 novembre 2005

UN AMI

.

 

                                                                                          
 

La ville m’a pris par la main.                                           

De rues en rues et de places en squares.                           

Je flâne sans souci du lendemain.                         

Le beau kiosque à musique                                           

S’envole dans un claquement d’ardoises.  

 

Les jets d’eau, un moment troublés,                                   

Déversent leurs colliers de perles irisées          

La préfecture en blanc se fait une beauté.                               

J’échafaude les toits et le ciel des mansardes.        

 

Derrière les hauts murs, l’école maternelle               

Piaille d’anges rieurs, insouciants et bruyants.               

Une pervenche colle ses poèmes ,

Sur le front des voitures   

Tous les chevaux de bois     

S’enivrent de soleil, et tournent à tue-tête                

Soudain, un inconnu demande son chemin. 

Je lui offre le mien.                                    

Triste et las  il me dit :     

 « Ah ! mais c’est toi, comment vas-tu ? » 

« Bien, et toi aussi à ce que je vois… »  

Mais je ne l’ai pas reconnu.                                

Il me tourne le dos, en haussant les épaules.               

 

Léger je continue à me baguenauder.                 

La mémoire, soudain, à l’esprit  me revient.     

Je pense à Toi Seigneur.   

Et si  c’était Toi cet ami perdu ?      

Peut-être que Tu me l’as envoyé.                 

 

Je me mets à sa recherche, avec fièvre,  

De rues en rues et de places en squares.

Hélas !Je n’ai pas pu le retrouver.                                              

 

Je suis rentré, chez moi, triste en me maudissant. 

 

Pardon Seigneur, pardon.      

Je ne T’ai pas reconnu ce jour-là.

Cet ami, je ne l’ai pas écouté, 

Je ne l’ai pas guidé.              

Ce jour-là, O Seigneur    

Mon cœur était bien trop léger, bien trop.

Encore pardon, j’étais loin de Toi.                    

 

Plus Tu es près de moi et moins je pense à Toi. 

 
 
 Gaudeamus (mes textes)