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samedi, 13 août 2016

Paul Verlaine (1844-1896) ART POETIQUE

 
 
Paul Verlaine   (1844-1896)

Art poétique

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Il faut aussi que tu n'ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l'Indécis au Précis se joint.

C'est des beaux yeux derrière des voiles,
C'est le grand jour tremblant de midi,
C'est, par un ciel d'automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !

Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L'Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l'Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !

Prends l'éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d'énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ?

O qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature.

dimanche, 21 octobre 2007

Les Fusillés

Les fusillés

 

... Partout la mort. Eh bien, pas une plainte.
Ô blé que le destin fauche avant qu'il soit mûr !
Ô peuple !

On les amène au pied de l'affreux mur.
C'est bien. Ils ont été battus du vent contraire.
L'homme dit au soldat qui l'ajuste : Adieu, frère.
La femme dit : - Mon homme est tué. C'est assez.
Je ne sais s'il eut tort ou raison, mais je sais
Que nous avons traîné le malheur côte à côte ;
Il fut mon compagnon de chaîne ; si l'on m'ôte
Cet homme, je n'ai plus besoin de vivre. Ainsi
Puisqu'il est mort, il faut que je meure. Merci. -
Et dans les carrefours les cadavres s'entassent.
Dans un noir peloton vingt jeunes filles passent ;
Elles chantent ; leur grâce et leur calme innocent
Inquiètent la foule effarée ; un passant
Tremble. - Où donc allez-vous ? dit-il à la plus belle.
Parlez. - Je crois qu'on va nous fusiller, dit-elle.
Un bruit lugubre emplit la caserne Lobau ;
C'est le tonnerre ouvrant et fermant le tombeau.
Là des tas d'hommes sont mitraillés ; nul ne pleure ;
Il semble que leur mort à peine les effleure,
Qu'ils ont hâte de fuir un monde âpre, incomplet,
Triste, et que cette mise en liberté leur plaît.
Nul ne bronche. On adosse à la même muraille
Le petit-fils avec l'aïeul, et l'aïeul raille,
Et l'enfant blond et frais s'écrie en riant : Feu ! [...]

 

 

Victor Hugo (1802-1885) – Recueil : « L’Année Terrible »

lundi, 03 septembre 2007

Jean Rousselot

Et peut-on vraiment aimer
Les poètes qui s'ils savent
Comment l'esprit vient aux mots
N'en ont pas un seul pour condamner ce monde
Où l'on vous arrache les ongles
Ou les yeux histoire de rire
Où l'on joue au ballon avec des têtes d'enfant
Où la pestilence de l'air et de l'âme
A tous les titres au prix d'excellence.

 

Jean Rousselot (Passible de...) Editions AutresTemps, 1999

vendredi, 05 janvier 2007

Le Bal des Pendus

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Au gibet noir, manchot aimable,
          Dansent, dansent les paladins,
          Les maigres paladins du diable,
          Les squelettes de Saladins.

Messire Belzébuth tire par la cravate
Ses petits pantins noirs grimaçant sur le ciel,
Et, leur claquant au front un revers de savate,
Les fait danser, danser aux sons d'un vieux Noël!

Et les pantins choqués enlacent leurs bras grêles:
Comme des orgues noirs, les poitrines à jour
Que serraient autrefois les gentes damoiselles,
Se heurtent longuement dans un hideux amour.

Hurrah, les gais danseurs qui n'avez plus de panse!
On peut cabrioler, les tréteaux sont si longs!
Hop, qu'on ne cache plus si c'est bataille ou danse!
Belzébuth, enragé, racle ses violons!

Ô durs talons, jamais on n'use sa sandale!
Presque tous ont quitté la chemise de peau;
Le reste est peu gênant et se voit sans scandale.
Sur les crânes la neige applique un blanc chapeau:

Le corbeau fait panache à ces têtes fêlées,
Un morceau de chair tremble à leur maigre menton:
On dirait, tournoyant dans les sombres mêlées,
Des preux raides heurtant armures de carton.

Hurrah, la bise siffle au grand bal des squelettes!
Le gibet noir mugit comme un orgue de fer!
Les loups vont répondant, des forêts violettes:
À l'horizon, le ciel est d'un rouge d'enfer...

Holà, secouez-moi ces capitans funèbres
Qui défilent, sournois, de leurs gros doigts cassés
Un chapelet d'amour sur leurs pâles vertèbres:
Ce n'est pas un moustier ici, les trépassés !

Oh! voilà qu'au milieu de la danse macabre
Bondit, par le ciel rouge, un grand squelette fou
Emporté par l'élan : tel un cheval se cabre:
Et, se sentant encor la corde raide au cou,

Il crispe ses dix doigts sur son fémur qui craque
Avec des cris pareils à des ricanements,
Puis, comme un baladin rentre dans la baraque,
Rebondit dans le bal au chant des ossements.

          Au gibet noir, manchot aimable,
          Dansent, dansent les paladins,
          Les maigres paladins du diable,
          Les squelettes de Saladins.

Arthur Rimbaud 

 

mardi, 02 janvier 2007

Paul Eluard

Je t’aime pour toutes les femmes que je n’ai pas connues
Je t’aime pour tous les temps où je n’ai pas vécu
Pour l’odeur du grand large et l’odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l’homme n’effraie pas
Je t’aime pour aimer
Je t’aime pour toutes les femmes que je n’aime pas

Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien qu’une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd’hui
Il y a toutes ces morts que j’ai franchies sur la paille
Je n’ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m’a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie

Je t’aime pour ta sagesse qui n’est pas la mienne
Pour la santé
Je t’aime contre tout ce qui n’est qu’illusion
Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n’es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi. »

© Paul Éluard, Le Phénix, Œuvres complètes, II, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1968, page 439.

jeudi, 21 décembre 2006

Jacques Prévert

Chanson

pour les enfants l'hiver

Dans la nuit de l'hiver
galope un grand homme blanc
c'est un bonhomme de neige
avec une pipe en bois
un grand bonhomme de neige
poursuivi par le froid
il arrive au village
voyant de la lumière
le voilà rassuré.
Dans une petite maison
il entre sans frapper
et pour se réchauffer
s'assoit sur le poêle rouge,
et d'un coup disparait
ne laissant que sa pipe
au milieu d'une flaque d'eau
ne laissant que sa pipe
et puis son vieux chapeau.
Jacques Prévert

vendredi, 15 décembre 2006

PARTIR

Jean Debruynne
12/07/2006

Si je vais partir, c'est que je suis déjà parti.
Dès l'instant où j'ai pu m'arracher à moi-même,
cette décision de partir, mon départ a déjà eu lieu.
Le plus dur n'est pas de partir, mais de le vouloir.
Toutes les raisons sont bonnes
pour ne pas partir :
le coeur a ses habitudes, l'âme ses tranquillités,
le corps ses fatigues, les yeux leur horizon
et le visage son cercle.

Il n'existe donc pas de départ sans séparation.
Le départ est donc toujours un acte créateur.
Il rend possible. Il ouvre un espace.
Accepter de partir, c'est accepter qu'il soit un avenir,
c'est reconnaître que tout n'a pas été dit.
C'est affirmer que notre monde
n'est pas notre prison,
et que notre temps n'est pas sans issue.

lundi, 04 décembre 2006

En suivant le ruisseau

En suivant le ruisseau
De notre relation
Je fais à rebours
Le parcours de notre
Trop courte vie virtuelle.
Rituel

À l'abri d'un coffret
Je retrouve & relis tes messages
Que j'ai imprimés
Sur un papier fait main.
Pages après pages,
Découverte

Je suis amoureuse.
Tes grands yeux bleus,
Ta manière d'être
Un enfant terrible
Me parlent
Me chantent toutes les saisons.
Tendresse & passion

Je suis heureuse.
Quand le messager
M'annonce que tu es là
Je me parle alors de baisers volés
Et de nuits affolées & mouillées.
Fantaisie

Mes mots s'habillent
De mille et une nuits.
La séduction
Se transforme en mots
Et en images que je n'ose coquins
Tu te fais amusement
J'écris le charme à ma façon.
Contes & racines

Dans une autre vie,
Réagissant à un monde sans hasard,
Dans une route parallèle
Nous étions-nous croisés
Avais-tu répété à mon oreille
Les mots Je t'aime ?
Avions-nous dessiné
Les plus beaux décors
Sur nos corps ?
Vies & vies passées 

Ginette Villeneuve

samedi, 11 novembre 2006

JE TE L'AI DIT

JE TE L'AI DIT

Je te l'ai dit pour les nuages
Je te l'ai dit pour l'arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
Pour les mains familières
Pour l’oeil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
Pour toute la nuit bue
Pour la grille des routes
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
Je te l'ai dit pour tes pensées pour tes paroles
Toute caresse toute confiance se survivent.

 

 

 

PAUL ELUARD

dimanche, 29 octobre 2006

Doux frère, mon ami

Doux frère, mon ami, lorsque je ne dors pas,

Mes yeux s'ouvrent comme des fleurs sur ta tombe;

Si je ne puis manger mon pain,

Mon jeûne, comme un saule, pleure sur ta tombe;

Si je ne puis calmer ma soif, sous la chaleur,

Que pour toi elle se charge en source, pauvre voyageur.

 

Où, dans quel pays noir et désolé,

Gît ton pauvre corps, perdu et mort ?

Dans quel paysage dévasté

Ta malheureuse âme va-t-elle errer ?

 

Viens; que mon effort soit ton repos…

Enfouis ta tête dans mes peines,

         Ou plutôt

Prends ma vie et mon sang,

Pour t'acheter un meilleur lit;

Ou prends mon souffle et prends ma mort

Pour t'acheter un meilleur sort.

 

Lorsque les guerriers seront morts,

Et les drapeaux en poussière,

Ta croix et la mienne diront encore

Que le Christ, sur chacune, est mort pour nous deux,

 

Car le Christ, dans le naufrage de ta jeunesse, a sombré

Et dans les ruines de mon printemps a pleuré:

Le prix de Ses larmes, tombant dans ta main faible et solitaire,

 

Te ramènera dans ta terre

Le silence de Ses larmes sonnera

Comme des cloches sur ta tombe étrangère;

Entends-les et reviens; elles t'appellent comme une mère.

 

de Thomas MERTON dans " La nuit privée d'étoiles".

 

vendredi, 21 avril 2006

Á une raison

Á une raison

 

Un coup de ton doigt sur le tambour décharge tous les sons et commence la nouvelle harmonie.
Un pas de toi, c'est la levée des nouveaux hommes et leur en-marche.
Ta tête se détourne : le nouvel amour !
Ta tête se retourne, - le nouvel amour !
« Change nos lots, crible les fléaux, à commencer par le temps », te chantent ces enfants. « Élève n'importe où la substance de nos fortunes et de nos vœux » on t'en prie.
Arrivée de toujours, qui t'en iras partout.

Arthur Rimbaud  

lundi, 03 avril 2006

Sonnet de Félix Arvers (1806-1850)

Sonnet de Félix Arvers (1806-1850)

 

Mon âme a son secret, ma vie a son mystère,
Un amour éternel en un moment conçu :
Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,
Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.

Hélas ! j'aurai passé près d'elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire.
Et j'aurai jusqu'au bout fait mon temps sur la terre,
N'osant rien demander et n'ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l'ait faite douce et tendre,
Elle suit son chemin, distraite et sans entendre
Ce murmure d'amour élevé sur ses pas.

À l'austère devoir, pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d'elle
" Quelle est donc cette femme ? " et ne comprendra pas.

L'Ignorant

L'ignorant

Plus je vieillis et plus je croîs en ignorance,

plus j'ai vécu, moins je possède et moins je règne.

Tout ce que j'ai, c'est un espace tour à tour

enneigé ou brillant, mais jamais habité.

Où est le donateur, le guide, le gardien ?

Je me tiens dans ma chambre et d'abord je me tais

(le silence entre en serviteur mettre un peu d'ordre),

et j'attends qu'un à un les mensonges s'écartent :

que reste-t-il ? que reste-t-il à ce mourant

qui l'empêche si bien de mourir ?  Quelle force

le fait encor parler entre ses quatre murs ?

Pourrais-je le savoir, moi l'ignare et l'inquiet ?

Mais je l'entends vraiment qui parle, et sa parole

pénètre avec le jour, encore que bien vague :

« Comme le feu, l'amour n'établit sa clarté

que sur la faute et la beauté des bois en cendres... »  

(L'ignorant, Editions Gallimard, 1957)
 

Philippe Jaccottet

jeudi, 30 mars 2006

Adieu de francis Carco

 

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Cabaret "Le Lapin Agile"

Adieu   Si l'humble cabaret , noirci Par la pluie et le vent d'automne , M'accueille , tu n'es plus ici . . . Je souffre et l'amour m'abandonne .   Je souffre affreusement . Le jour Où tu partis , J'appris a rire , J'ai depuis pleuré , sans l'amour , Et vécu tristement ma vie .   Au moins , garde le souvenir , Garde mon cœur , berce ma peine ! Chéris cette tendresse ancienne Qui voulut , blessée , en finir .   Je rirai contre une autre épaule , D'autre baisers me suffiront , Je les marquerai de mes dents . Mais tu resteras la plus belle . . .   Francis Carco              

 

mercredi, 29 mars 2006

Hélène

Que tu es belle maintenant que tu n'es plus
La poussière de la mort t'as déshabillée même de l'âme
Que tu es convoitée depuis que nous avons disparu
Les ondes les ondes remplissent le coeur du désert
La plus pâle des femmes
Il fait beau sur les crêtes d'eau de cette terre
Du paysage mort de faim
Qui borde la ville d'hier les malentendus
Il fait beau sur les cirques verts inattendus
Transformés en églises
Il fait beau sur le plateau désastreux nu et retourné
Parce que tu es si morte
Répandant des soleils par les traces de tes yeux
Et les ombres des grands arbres enracinés
Dans ta terrible Chevelure celle qui me faisait délirer.

     Pierre Jean Jouve

ROBERT DESNOS

Je chante ce soir non ce que nous devons combattre
Mais ce que nous devons défendre.
Les plaisir de la vie.
Le vin qu'on boit avec les camarades.
L'amour.
Le feu en hiver.
La rivière fraîche en été.
La viande et le pain de chaque repas.
Le refrain que l'on chante en marchant sur la route.
Le lit où l'on dort.
Le sommeil, sans réveils en sursaut, sans angoisse du lendemain.
Le loisir.
La liberté de changer de ciel.
Le sentiment de la dignité et beaucoup d'autres choses
Dont on refuse la possession aux hommes.

 

Robert DESNOS

mercredi, 22 mars 2006

Alain Borne

La main touche une jupe

La main touche une jupe,
muguets fanés, je me souviens,
tiède comme un début de peau,
un feu de sang brûle les os.

Les joncs craquent sous le corps souple,
et le miel bout dans l'œillet pourpre,
sur le brasier de myosotis
là-haut où les oiseaux s'étirent.

Carrière de braise rouge,
près d'une eau non doublée de tain
où toute pudeur expire
au vent venu de Si loin,

Sous août bruissant, la fièvre est fraîche,
et la brûlure encore glacée
des lèvres fanées de soif,
et du corps torride de sang.

Voici la baie de tes jambes,
avant cette île foudroyée
où peut-être un peu de neige
attend ma tête sans pensée.

Terre de l'Été (Robert Laffont, 1945)

 

Alain Borne (1915-1962)

 

http://www.ac-grenoble.fr/lycee/LAB/qui_a_borne/qui_est_a_borne.htm

 

http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/bornealain....

 

 

samedi, 11 mars 2006

Gabriel Cousin

LE CORPS ET L'ESPRIT

 

Ses doigts tronçonnés par la scie

montrent le bonheur

 

Vieux front scalpé à la perceuse

il pense à la justice

 

Jambe coupée aux roues de wagons

il marche au rang de la Paix

 

L'œil brûlé par un copeau chauffé au rouge

regarde l'avenir

 

Son bras arraché par l'hélice d'avion

lutte pour la liberté

 

Sa gorge lacérée aux cuves des acides

chante l'amour des choses

 

Ses poumons décomposés à la gueule du four

respirent la joie du monde

 

Le visage défiguré par un coup de grisou

il est beau comme un premier Mai

 

Gabriel Cousin

vendredi, 10 mars 2006

Poème de Saint Ephrem

 

 

 

 

Celui qui lit ce poème d'Ephrem croira lire un écrivain de notre temps. Ces observations et critiques pertinentes notées il y a plus de mille six cents années, témoignent d'un véritable génie. Voici ce poème traduit de l'araméen, langue de l'auteur ; elle fut la langue du Christ, de sa mère et de ses apôtres. Elle est parlée jusqu'à nos jours dans certaines régions de la Syrie, de l'Iraq et de la Turquie. Elle est la langue des prières orthodoxes.

Poème de Saint Ephrem

Sur le jugement des hommes

 

Si quelqu'un s'adonne à des livres et des lectures, ils diront de lui un homme livresque et de littérature !

S'il cherche la science avec assiduité, ils diront de lui un fureteur de secrets.

S'il est actif et dynamique, il sera attaqué par la jalousie et la malice.

Si c'est lui qui porte la responsabilité, il sera la cible de leurs flèches.

S'il est simple et humble, ils le jugerons ignorant et naïf.

S'il est ardent dans quelque désir, ils diront de lui un homme obstiné et dangereux.

S'il se montre indulgent et patient, ils diront qu'il est imbécile et stupide.

S'il aime fréquenter quelqu'un, ils l'appelleront libertin et dévergondé.

S'il ne fréquente personne, c'est un misanthrope et qu'il a la société en dégoût

S'il est frugal et qu'il jeûne, il est fourbe et hypocrite.

S'il soigne sa table et manifeste son plaisir, c'est un gourmand et un viveur.

S'il s'abstient de manger, c'est un difficile et orgueilleux.

Bienheureux est celui qui s'éloigne du monde et de ses malices.

Bienheureux est celui qui considère ses défauts et ses fautes, et s'assied pour pleurer sa vie.

   

vendredi, 03 mars 2006

Guillaume Apollinaire

Reconnais-toi
Cette adorable personne c'est toi
Sous le grand chapeau canotier
Oeil
Nez
La bouche
Voici l'ovale de ta figure
Ton cou exquis
Voici enfin l'imparfaite image de ton buste adoré
vu comme à travers un nuage
Un peu plus bas c'est ton coeur qui bat

Guillaume Apollinaire,
calligramme, extrait du poème du 9 février 1915, (poèmes à Lou).