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samedi, 08 août 2026

L'ANGE ET LE DÉMON

L'ANGE ET LE DÉMON

En moi
depuis toujours,
un ange et un démon
se disputent la lumière.

L'un me dit :
« Monte.
Détache toi de la terre.
Oublie le poids du corps,
la fièvre du désir,
le trouble des sens. »

L'autre murmure :
« Reste.
Respire.
Aime la chair qui t'a été donnée.
Ne méprise pas le sang,
la caresse,
la chaleur d'une main. »

Et moi,
entre leurs deux voix,
je ne sais plus
lequel écouter.

J'ai exalté la chair
jusqu'à m'y perdre.

J'ai exalté l'Esprit
jusqu'à oublier
que j'étais un homme.

J'ai voulu être ange
et je n'ai trouvé
que mes ailes brisées.

J'ai voulu être démon
et la nuit elle-même
m'a fait peur.

Alors j'ai compris :

la chair n'est pas l'ennemie de l'Esprit,
et l'Esprit n'est pas le juge de la chair.

La chair est peut-être
la terre où l'Esprit
cherche à prendre racine.

Et l'Esprit,
la flamme secrète
qui empêche la chair
de devenir cendre.

Peut-être faut-il
que l'ange descende
et que le démon
apprenne à lever les yeux.

Peut-être faut-il
que l'un donne ses ailes
à l'autre,
et que l'autre lui donne
son poids de terre.

Alors,
en moi,
ils cesseraient de se combattre.

L'ange déposerait
sa lumière
dans les mains du démon.

Et le démon,
pour la première fois,
pleurerait.

Non de honte.

Mais de reconnaissance.

Car peut-être que Dieu
ne nous demande pas
de choisir entre la chair et l'Esprit,

mais de devenir
l'endroit même
où ils peuvent enfin

s'aimer

Gaudeamus

 

mercredi, 05 août 2026

Le dernier secret

Le dernier secret

À la fin,

Dieu ne nous demandera peut-être pas
combien de vérités
nous avions trouvées.

Il regardera seulement
si notre cœur
est devenu assez vaste
pour qu'un oiseau s'y pose
sans avoir peur.

Il ne pèsera pas
nos livres,
nos doctrines,
nos victoires.

Il prendra notre silence
dans Ses mains
comme on recueille
une goutte de rosée
avant que le soleil ne l'efface.

Et s'Il y découvre
un peu d'amour,
fût-il grand
comme une graine de moutarde,

Il sourira.

Car l'éternité
commence peut-être
chaque fois
qu'un être aime
plus qu'il ne se possède.

Gaudeamus

 

mardi, 04 août 2026

Le pauvre saint

Le pauvre saint

Mon Dieu,

je n'ai point le cœur des héros.

Je suis de ceux
qui tombent pour un caillou,
qui pleurent d'un mot,
qui doutent d'un silence.

Je ne sais pas monter bien haut.
Mes ailes sont de terre.

Je voudrais seulement
ne pas Te perdre
dans le bruit de mes jours.

Les saints...
On les croit faits de neige.

Ils sont peut-être
de pauvre argile,
comme nous.

Mais leur argile
ne refuse pas la Main
qui la reprend sans cesse.

Chaque soir
ils Lui donnent
leur ouvrage manqué,
leurs impatiences,
leurs blessures secrètes,
leur pauvre amour
qui n'a pas su aimer assez.

Et Dieu sourit,
comme une mère
devant le pain
qu'un enfant a pétri
de ses doigts maladroits.

Alors la sainteté
n'est pas d'être grand.

Elle est d'être petit
jusqu'au bout.

D'accepter
que tout bien
vienne d'En Haut
comme la pluie
sur les jardins desséchés.

Mon Dieu,

quand viendra le dernier soir,
je ne T'apporterai
ni miracle,
ni victoire.

Je déposerai seulement
dans Tes mains
mon cœur usé
d'avoir voulu T'aimer.

Et si Tu le trouves
encore plein de poussière,
essuie le doucement.

Tu reconnaîtras bien
qu'il est à Toi.

Gaudeamus ( Méditation sur la sainteté)

lundi, 03 août 2026

Quand Dieu aura fini

Quand Dieu aura fini

Les saints ne sont pas ceux
qui ont vaincu la nuit.

Ils sont ceux
qui ont laissé la nuit
devenir transparente.

Ils n'ont pas changé le monde
à force de puissance.

Ils ont laissé Dieu
le traverser.

Ils ressemblent
à ces vitres anciennes
des petites églises de campagne.

On ne les regarde pas.

Mais lorsque le soleil paraît,
elles disparaissent presque,
tant la lumière
les habite.

Ainsi l'âme.

Longtemps
elle se croit pierre,
bois,
terre lourde,
pauvre poignée de poussière.

Puis Dieu travaille.

Il taille
sans bruit.

Il enlève
ce qui n'est pas Lui.

Chaque joie,
chaque épreuve,
chaque attente,
chaque pardon
retire un voile.

Et l'homme souffre
de perdre ce qu'il appelait
« moi ».

Mais Dieu sourit.

Car Il sait
qu'au cœur de cette perte
naît enfin
le véritable visage.

Alors vient un jour
où l'âme ne dit plus :

« Je veux être sainte. »

Elle murmure seulement :

« Que rien en moi
n'empêche Ta lumière. »

C'est tout.

Et c'est immense.

Car la sainteté
n'est peut-être
que cela :

quand Dieu
a enfin assez d'espace
dans une créature
pour aimer le monde
avec son propre Cœur.

Alors le ciel
n'est plus au-dessus de nous.

Il respire en nous.

Et le dernier souffle
n'est pas une fin.

C'est une porte
qui s'ouvre de l'intérieur.

Nous croyons mourir.

Dieu,
Lui,
achève simplement
Son œuvre.

Gaudeamus ( Méditation sur la sainteté)

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samedi, 01 août 2026

La porte étroite

La porte étroite

Le soir a fermé les chemins.

Les oiseaux se sont tus
dans les haies obscures.
Le vent lui-même
semble prier
avec ses mains invisibles.

Et moi,
je demeure au seuil.

Je n'ose pas entrer.

Je porte tant de terre
à mes souliers,
tant d'orgueil dans mon pain,
tant de paroles inutiles
sur mes lèvres.

Je dis : « Seigneur,
ce n'est pas pour moi
la maison des saints. »

Mais Toi,
Tu ne réponds pas.

Tu allumes seulement
une étoile
au-dessus du vieux pommier.

Alors je comprends
que Tu n'appelles jamais
les cœurs déjà purs.

Tu appelles
ceux qui pleurent
de ne l'être pas.

Les lys du jardin
ne savent pas
qu'ils sont blancs.

La source
ignore qu'elle désaltère.

Le blé
ne connaît pas
la faim des hommes.

Ainsi le saint
marche sans savoir
que Ton visage
éclaire déjà le sien.

Il s'étonne
de chaque aurore
comme un pauvre
qui reçoit le pain.

Il bénit
la pluie
autant que le soleil,
car l'une et l'autre
viennent de Ta main.

Il se fait petit
pour que passe
Ton amour.

Et lorsqu'il tombe,
il baise la poussière
comme on embrasse
le seuil d'une église.

Car la terre
où l'on tombe
est encore
la terre
que Tu as créée.

Seigneur,

si je ne puis gravir
la montagne des parfaits,

laisse-moi seulement
ramasser,
au bord du chemin,
une fleur oubliée,
la remettre debout
avant la nuit,

et Te dire
avec mon pauvre souffle :

« Tu étais là,
dans cette humble chose,
et je ne le savais pas. »

Alors,
quand viendra l'heure
où les cloches
sonneront pour moi,

que Ton ange
ne cherche point
de couronne.

Qu'il apporte seulement
la vieille lampe
que j'aurai tant de fois
vu vaciller,

et qu'il dise en souriant :

« Elle brûlait peu,
mais elle n'a jamais
consenti à s'éteindre. »

Gaudeamus  ( Méditation sur la sainteté)

 

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Les Saints cachés

Les Saints cachés

Ils ne feront jamais la chronique des hommes.

Leur nom sera mangé d'herbe,
leur tombe oubliée
comme une pierre au bord des chmps.

Ils n'auront laissé
ni livre,
ni royaume,
ni statue.

Ils auront laissé
une larme essuyée,
un pardon plus fort que la colère,
un pain rompu
dans une maison pauvre.

Ils auront marché
sans bruit,
car le bruit appartient au monde,
mais le silence
est le manteau de Dieu.

Ils auront porté
leurs blessures
comme la terre porte l'hiver :
sans plainte,
avec l'espérance secrète
que le printemps est déjà là,
caché sous la racine.

Ils auront aimé
sans savoir aimer.

Ils auront prié
sans savoir prier.

Ils auront cru
avec une foi
qui ressemblait parfois
à une nuit sans étoiles.

Ils auront souvent dit :

« Seigneur,
je ne Te sens plus. »

Et pourtant,
c'était alors
que Tu étais le plus près,
comme la sève invisible
au cœur du vieux chêne
quand janvier semble l'avoir tué.

La sainteté
n'est pas une montagne
où quelques aigles
construisent leur nid.

Elle est une semence.

Elle disparaît
avant de lever.

Elle consent
à mourir dans la terre,
à perdre son nom,
à devenir pain
pour des lèvres inconnues.

Voilà pourquoi
les saints
ne savent jamais
qu'ils le sont.

Ils cherchent Dieu
et ne trouvent
que leur pauvreté.

Ils offrent
leur pauvreté.

Et Dieu,
qui n'avait besoin
ni de leur force
ni de leur sagesse,
fait de cette pauvreté
une fenêtre ouverte
par où Sa lumière
entre dans le monde.

Heureux celui
qui ne possède plus rien
que le désir de Dieu.

Car ce désir
est déjà Dieu
qui prie en lui.

Et lorsque son dernier souffle
s'en ira
comme une feuille d'automne
dans le vent du soir,

la terre dira :
« Un homme est mort. »

Le ciel répondra :

« Non.

Une lampe
vient simplement
de rentrer
dans le Soleil. »

GAUDEAMUS  ( Méditation sur la sainteté)

 

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vendredi, 24 juillet 2026

Le silence de Dieu

Le silence de Dieu

Si le bois de la croix n'avait jamais gémi,
Si le ciel était resté muet ce vendredi,
Aurions-nous élevé d'autres temples, d'autres pierres,
Aux dieux du Capitole, aux astres, aux mystères ?

Le latin serait-il le chant de nos berceaux ?
Le grec, l'écho vivant des sages et des mots ?
Jupiter règnerait-il sur nos vieilles mémoires,
Et Vénus guiderait-elle encore nos histoires ?

L'Histoire a fait d'un homme un éternel chemin ;
Quelques clous, une colline, et le destin humain
A changé de visage au détour d'une heure,
Comme un fleuve qui soudain abandonne sa demeure.

Mais pourquoi donc, Seigneur, ce si long anonymat ?
Pourquoi laisser des siècles où nul ne Te voit ?
Pourquoi tant de saisons avant qu'une parole
Ne traverse enfin la nuit des idoles ?

Deux mille ans de silence... ou peut-être davantage.
Des enfants sont passés, des empires, des naufrages ;
Des peuples ont cherché sous mille cieux divers
Le nom de l'invisible caché dans l'univers.

Chaque foi dit : « Voici le sentier véritable. »
Chaque livre promet l'invisible ineffable.
La Torah et la Croix, le Coran, le Veda,
Le Bouddha silencieux, les chants de l'Avesta...

Qui possède la clé ? Qui détient la lumière ?
Le prophète, le moine, ou l'humble solitaire ?
Le savant qui calcule, ou l'enfant émerveillé
Qui regarde une étoile sans vouloir l'expliquer ?

Peut-être que Dieu rit de nos certitudes sages ;
Peut-être aime-t-Il plus les questions que les cages.
Car la foi qui s'impose ressemble au vent mauvais ;
La foi qui se découvre apprend à écouter.

Je marche entre les croix, les mosquées, les pagodes ;
J'écoute les psaumes, les mantras, les odes.
Dans chacune des voix j'entends monter parfois
La même soif d'aimer, la même quête en soi.

Alors je ne sais plus quelle est la vraie rive.
Je sais seulement l'eau qui toujours nous dérive ;
Et qu'au bout du voyage, s'il existe un seul Dieu,
Il reconnaîtra peut-être ceux qui cherchent mieux.

Car la vérité n'est peut-être pas un drapeau,
Ni un temple de pierre, ni le poids des mots.
Elle est peut-être un souffle, un regard, une main,
Une lampe allumée sur le bord du chemin.

Et si Dieu nous attend derrière tous les visages,
Peut-être que nos doutes sont déjà son langage.

GAUDEAMUS

 

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mercredi, 15 juillet 2026

Ceux qui cherchent Dieu

Ceux qui cherchent Dieu

Avant que la Croix ne dresse son ombre
Sur la colline où tremblait le monde,
Qui Te priait, Seigneur,
Dans le silence des siècles ?

Tu regardais déjà les hommes.
Tu voyais leurs mains levées vers les étoiles,
Leurs temples de marbre,
Leurs feux sacrés,
Leurs chants inconnus
Qui montaient pourtant jusqu'à Toi.

Tu étais là,
Avant que l'on prononce Ton Nom.

Pourquoi tant d'attente ?
Pourquoi ces millénaires
Où les peuples marchaient
Comme des enfants dans la nuit,
Cherchant une lumière
Dont ils ignoraient la source ?

Le temps de Dieu
N'est pas celui des horloges.
Il ressemble à la lente naissance
D'une aurore
Qui prépare depuis toujours
Le premier rayon.

Puis vint un homme,
Pauvre parmi les pauvres,
Qui parlait d'amour
Comme personne n'en avait parlé.

Il ne possédait rien
Sinon un regard
Capable de relever les morts vivants,
Les oubliés,
Les pécheurs,
Les blessés du cœur.

Et les hommes,
Craignant davantage la lumière
Que les ténèbres,
Le clouèrent sur le bois.

Ils pensaient arrêter une voix ;
Ils ouvrirent un chemin.

Depuis,
Les siècles répètent Son Nom.
Des cathédrales montent vers le ciel,
Des cloches répondent aux minarets,
Les synagogues gardent l'Alliance,
Les pagodes veillent dans le silence,
Les sages méditent,
Les mystiques prient,
Et chacun tend les mains
Vers l'Invisible.

Qui donc possède Dieu ?

Personne.

Car Dieu n'est pas une frontière,
Ni un royaume réservé,
Ni un livre refermé.

Il est le souffle
Qui traverse tous les livres,
Toutes les prières,
Tous les visages.

Celui qui aime
Le connaît déjà
Sans toujours savoir Son Nom.

Celui qui pardonne
Le rencontre déjà
Sans avoir vu Son visage.

Celui qui console
Touche déjà
Le bord de Son manteau.

Et moi,
Vieil homme au seuil du soir,
Je n'ai plus tant besoin de réponses.

Les grandes certitudes
Se sont assises auprès de mes doutes
Comme deux amis
Qui regardent ensemble le même coucher de soleil.

Je ne demande plus :
« Quelle est la vraie religion ? »

Je demande seulement :

« Seigneur,
Apprends-moi à Te reconnaître
Sous les traits de chaque être humain.

Fais que je ne confonde jamais
La vérité avec l'orgueil,
La foi avec la peur,
La religion avec le pouvoir.

Si Tu es plus grand
Que tous nos temples,
Plus vaste
Que toutes nos Écritures,
Plus profond
Que toutes nos théologies,

Alors ouvre mon cœur
Plutôt que mon esprit.

Et lorsque viendra pour moi
Le dernier silence,

Que je découvre enfin
Que Tu marchais à mes côtés
Depuis le commencement des siècles,
Bien avant que les hommes
Ne commencent à parler de Toi. »

Gaudeamus

 

dimanche, 12 juillet 2026

LE FEU ET LA PROMESSE

LE FEU ET LA PROMESSE

(Poème biblique sur la canicule)

« Les montagnes fondent comme la cire devant le Seigneur. »
(Psaume 97)

Le ciel s'est refermé comme un livre de bronze ;
La canicule étend son manteau sur le monde.
Le soleil, tel un glaive au tranchant éclatant,
Frappe la terre entière et consume le temps.

Les forêts autrefois chantaient comme des psaumes ;
Les pins, les vieux chênes, les fiers peupliers
Élevaient leurs rameaux vers les célestes dômes,
Comme un peuple en prière au cœur de l'été.

Mais voici que le vent, pareil au souffle antique
Qui renversa jadis les palais des orgueilleux,
Devient incendiaire, emportant dans sa fuite
La mémoire des bois jusque sous les hauts cieux.

Les flammes vont, pareilles aux chevaux de colère
Dont parla le voyant sur l'île de Patmos.
Elles courent la plaine, elles gravissent la pierre,
Et semblent annoncer l'ombre des derniers mots.

Les pompiers, revêtus de fumée et de cendre,
S'avancent sans faiblir au milieu des brasiers.
Ils ressemblent à David affrontant les ténèbres,
Sans autre bouclier que leur fidélité.

Au-dessus des sommets, les grands canadaires
Déploient leurs vastes ailes comme des chérubins ;
Ils répandent une eau semblable aux eaux premières
Qui couvraient l'univers avant l'aube du matin.

Les fermes disparaissent, les maisons se consument ;
Les pierres elles-mêmes semblent pousser des cris.
Les animaux s'enfuient vers des vallées sans lune,
Comme l'arche attendait les vivants de la nuit.

Les chevaux épuisés hennissent dans la plaine ;
Le cerf cherche un ruisseau que la chaleur a fui.
Même l'hippocampe, au fond de son domaine,
Sent trembler l'océan jusqu'aux portes de la nuit.

La mer n'a plus ce chant des commencements ;
Elle porte un reflet de cuivre et de silence.
Les vagues semblent dire aux peuples des vivants :
« N'oubliez pas Celui qui donna l'existence. »

Les pleurs montent plus haut que les fumées sombres ;
La souffrance habite les regards des enfants.
Ils demandent à Dieu, dans l'épaisseur des ombres :

« Seigneur, pourquoi ce feu ? Pourquoi tant de tourments ? »

Et Dieu répond peut-être au fond de chaque âme,
Non dans le bruit des vents ni le fracas des cieux,
Mais dans cette douceur qu'entendit le prophète Élie,
Lorsque souffla sur lui le murmure de Dieu.

« Je ne suis pas le feu qui détruit la montagne ;
Je suis la source vive au milieu du désert.
Je ne suis pas la haine où l'orgueil vous entraîne ;
Je suis l'eau qui fait naître un jardin dans la pierre.

Je vous avais confié les arbres pour demeure,
Les oiseaux pour le chant, les rivières pour miroir ;
Pourquoi tant de blessures infligées à cette heure
À l'œuvre de mes mains, à l'éclat de l'espoir ?

La planète n'est point un royaume à conquérir ;
Elle est un don d'amour confié à vos enfants.
Celui qui sait planter apprend aussi à vivre ;
Celui qui sait aimer devient véritablement grand. »

Alors tombe la pluie, longtemps attendue des hommes ;
Elle descend des cieux comme une bénédiction.
Les gouttes font renaître un parfum de royaume ;
La terre ouvre de nouveau son cœur à la création.

Les routes retrouvent leurs voyageurs paisibles ;
Les voitures s'arrêtent auprès des champs fleuris.
Les marcheurs remercient la fraîcheur retrouvée ;
Les rôdeurs disparaissent avec la longue nuit.

Le camping entend rire les enfants sous les tentes ;
Les oiseaux reconstruisent leurs fragiles maisons.
Les forêts reverdissent, patientes et vivantes ;
Les sources recommencent leur antique chanson.

Alors s'éloignent enfin les cataclysmes,
Comme un mauvais songe au lever du matin.
L'ombre de l'Apocalypse perd son terrible abîme
Devant l'espérance qui renaît dans les jardins.

Et l'on comprend enfin la parole première :

La Terre est un Éden confié pour un moment.
Chaque arbre est une prière, chaque source une lumière,
Chaque créature chante le Dieu des vivants.

Heureux celui qui protège la forêt qui respire ;
Heureux celui qui console un cœur dans la douleur.
Car lorsque le monde entier semblera s'obscurcir,
L'amour restera toujours plus fort que la peur.

Et lorsque viendra le soir sous les étoiles infinies,
Le Créateur dira aux artisans de paix :

« Venez, vous qui avez gardé vivante ma création.
Le Royaume commence chaque fois qu'un homme sauve un arbre,
chaque fois qu'il relève son frère,
chaque fois qu'il choisit l'amour plutôt que la destruction. »

GAUDEAMUS

 

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samedi, 07 mars 2026

Les brumes de l’esprit

Les brumes de l’esprit

Dans l’ombre douce de nos pensées,
Naissent parfois d’étranges idées.
Elles murmurent comme des vérités,
Mais ne sont que mirages déguisés.

Elles disent : « Tu ne peux pas »,
« Le monde est ainsi, ne change pas ».
Elles tracent des murs invisibles
Autour des rêves les plus sensibles.

Comme des nuages devant le soleil,
Elles cachent la lumière et l’émerveille.
Pourtant un souffle de vérité
Peut les dissoudre en liberté.

Car l’esprit qui doute et qui questionne
Brise les chaînes qu’on lui donne.
Et soudain tombe, douce et brève,
La fausse croyance… comme un vieux rêve.

Alors le cœur voit plus loin,
Libre enfin de choisir son chemin. 

GAUDEAMUS

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mercredi, 04 mars 2026

Plus fort que la nuit

Plus fort que la nuit

Dans le vent froid qui traverse les plaines,
Une terre veille, blessée mais droite.
Sous le ciel lourd où grondent les sirènes,
Des cœurs battent plus fort que la nuit.

Les routes portent la poussière et la cendre,
Mais aussi des pas qui refusent de céder.
Chaque maison, chaque champ, chaque fenêtre
Devient promesse de rester.

Ils ne parlent pas seulement de guerre,
Mais de pain, d’enfants, de printemps à venir.
Et même lorsque l’ombre serre la lumière,
Ils gardent la force de tenir.

Car la résistance n’est pas qu’un mot de bataille :
C’est une voix qui dit « nous sommes là »,
Un peuple debout malgré la mitraille,
Qui défend son ciel, sa langue, ses pas.

Et dans le silence après l’orage,
Quand la neige recouvre les douleurs,
Reste une flamme sous chaque visage :
La liberté, plus têtue que la peur.

GAUDEAMUS

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mercredi, 13 novembre 2024

Des drogues terrestres et spirituelles : Lesquelles choisir ?

Des drogues terrestres et spirituelles : Lesquelles choisir ?

Les drogues terrestres sont souvent recherchées pour échapper aux difficultés, chercher des sensations ou un sens. Elles offrent des portes éphémères vers des réalités altérées, mais elles laissent souvent des blessures, des illusions et des dépendances. Elles sont comme des feux follets qui attirent, mais égarent.

Les drogues célestes, quant à elles, ne se trouvent pas dans des substances, mais dans des expériences spirituelles, des états de conscience élevés et une connexion profonde avec le divin. Elles n’anesthésient pas, mais illuminent, éveillant en nous la sagesse, la paix intérieure et une vision du monde transformée. À travers la méditation, la prière, ou même le service aux autres, elles nous offrent une ivresse douce qui libère, sans éroder l’âme.

Les drogues célestes ouvrent des chemins infinis vers des réalités transcendantes, où chaque pas devient une danse, chaque souffle une prière, et chaque battement de cœur un rappel de notre connexion avec le Tout. Remplacer les drogues terrestres par ces expériences célestes, c'est choisir la clarté au lieu de l’oubli, et la liberté intérieure à la place de la dépendance.

Gaudeamus

 

13/11/2024

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vendredi, 18 février 2022

Dans le Parc

Je vais à petits pas dans le parc

Désert

Des feuilles jaunies tombent des arbres

Comme des papillons fatigués

Derniers jours d’été

Le soleil un peu roussi

Fait des grimaces sous les nuages

L’automne pointe son nez.

 

Un vieil homme passe la porte du parc

Canne à la main

Il me croise

Triste, taciturne, le regard lointain

Que lui est-il donc arrivé ?

 

Je regrette un peu de l’avoir laissé filer.

GAUDEAMUS

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jeudi, 02 octobre 2008

Trottoir

 

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Trottoir

 

La vie pousse sur le trottoir

Un pissenlit rabougri

Se bat pour la vie

Trois mégots aplatis

Se perdent dans l’oubli

 

Dans le bitume du  trottoir

Des yeux me regardent

Des pas lents ou pressés

Légers ou incertains

Se collent à mes souliers vernis

 

Sur le trottoir on se bat pour la vie

Lavé par la pluie

Balayé par le vent

Brûlé par le soleil

Le trottoir suit son chemin tranquille

Il chante la vie

Il se moque pas mal de mes souliers vernis…

Gaudeamus

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vendredi, 26 septembre 2008

L'homme et son chat

Mat-Fou.jpghomme et son chat.JPG
 
 
 

Tel le Mat du tarot,

L’homme arpentait les routes,

Son minet à ses basques,

Cherchant une aventure,

Sûrement improbable.

 

Un certain soir pourtant,

Il fit une rencontre,

Horrible assurément.

À la branche d’un arbre

Il trouva un pendu…

 

Il lui tirait la langue,

Le visage barbu,

Les yeux morts et vitreux.

Un chapeau sur la tête.

Un vrai épouvantail.

 

Il n’osa le toucher.

Il campa près de l’arbre,

Pour mieux le contempler.

Son chat indifférent

Miaulait très affamé.

 

Il tira de son sac

Un repas de misère,

Pour lui et son minet.

Et se mit à parler

À ce pauvre pendu :

 

 

Des mots de compassion,

Pour qu’il prenne des forces,

Et fuir enfin ce monde,

Oublier ses malheurs,

Pour un monde meilleur.

 

Exténué de paroles,

Il s’endormit d’un bloc,

Son chat à ses côtés.

Quand il se réveilla,

Disparu le pendu !…

 

À la place de l’arbre,

Dans une aube radieuse,

Un très beau magnolia,

Tout gorgé de soleil,

Etincelait de feux.

 

magnolia.jpg

GAUDEAMUS 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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vendredi, 05 septembre 2008

Dévidons le jars*

guillotine.jpg

 

Dévidons le jars*

 

Un pauvre giverneur* ,

Après avoir lampé un tord-boyau* ,

S’est fait tortouser*  les brancards*,

Par quatre malfrats de la pire espèce.

Ce n’était pas des battaudiers*,

Mais des romanos*.

Ils lui ont tricoté les côtes* ,

Pour lui poisser ses philippes *.

 

Le giverneur* n’avait hélas rien à accoucher*.

Furieux, ils lui arrachèrent son bénard*,

Et  lui enfoncèrent un rossignol* dans le figne*.

Ils l’ont encore trépigné*, tordu la vitelotte* ,

Cassé les apôtres* et crevé les châsses* .

Ils lui épilèrent les hirondelles* ,

Et lui coupèrent les loches*.

N’en pouvant mais, le giverneur* avala sa chique*.

 

Pour finir, ils lui enlevèrent sa viscope*,

Restée bien vissée sur son caillou*,

Et dénichèrent dans la doublure

Une roue de derrière*.

(Ce n’était pas de la carme à l’estoque*…)

 

Le cadavre du giverneur* 

Fut abandonné à son sort dans le trimard *.

Un troussier * pris de remord

Revint sur ses pas et lui trancha le jabot* avec son amiral*.

 

Un biffard* de la vergne*  les avait pommé marron*.

Il alla en courant rouscailler* aux cognes *

Tout ce qu’il avait reluqué.

Les quatre  troussiers* furent accrochés*, entoilés*,

Et condamnés à l’Abbaye de Monte-à-Regret* .

 

Le  faucheur *se fit un plaisir de les raccourcir,

Sans un ratichon*  pour les passer au lavoir*,

Ni personne pour les verver*.

Leurs corps n’eurent pas droit à la boîte à domino*.

 

On jeta de neuil* leurs morceaux dans la mouscaille* ,

Et renvoyés chez le  rabouin*…

Bref avec tout ce qui trouillote* .

 

 

Abbaye de Monte-à-Regret : guillotine

Accoucher : avouer

Accrocher : arrêter

Amiral : couteau, en argot de bagne

Avaler sa chique : mourir

Battaudier : mendiant

Bénard : pantalon

Biffard : bourgeois

Boîte à dominos :cercueil

Caillou : crâne

Carme à l’estoque : fausse monnaie

Châsses : yeux

Cognes : gendarmes

Dévider le jars : parler argot

Entoiler : emprisonner

Faucheur : bourreau

Figne : anus

Giverneur : vagabond

Jabot : gorge

Lavoir : confessionnal

Les apôtres : les doigts de la main

Les brancards : les jambes

Les hirondelles : moustaches

Les loches : oreilles

Mouscaille : déjections

Neuil : nuit

Poisser ses philippes : prendre son argent

Pommer marron : prendre sur le fait

Rabouin (le) : le diable

Ratichon : prêtre ou abbé

Romano : romanichel

Rossignol : fausse clef

Roue de derrière : pièce de cinq francs

Rouscailler : parler

Tord-boyaux : eau de vie

Tortouser : attacher

Trépigner : battre

Tricoter les côtes : battre

Trimard : chemin

Trouilloter : sentir mauvais

Troussier : assassin

Vergne : ville

Verver : pleurer

Viscope : casquette

Vitelotte : nez

 

GAUDEAMUS

16:43 Publié dans Essais | Lien permanent | Commentaires (6)

samedi, 14 juin 2008

Les mouettes

 

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Les mouettes

 

L’une dans la lumière

Et l’autre dans l’ombre

Ainsi nous allons

Comme ses mouettes

Nos pensées vont et viennent

Ainsi nous vivons

 

Un jour de chair

Un jour spirituel

Un jour de sexe

Un jour de prière

 

Un jour de joie

Un jour de peine

Un jour de pleurs

Un  jour de fous rires

 

Qu’importe l’ombre

Qu’importe la lumière

Heureuse ombre

Heureuse lumière

Il nous faut savoir gérer

Le matériel et le spirituel

Nous sommes faits de chair

Nous sommes aussi faits de soleil

 

Ô ma sœur Ô mon frère

Le Divin est aussi dans le matériel

Ton ordinateur frère le contient

Tes casseroles sœur le contiennent

Ta  demeure sur terre n’est pas éternelle

Ta seule résidence unique est dans le ciel.

18:51 Publié dans Essais | Lien permanent | Commentaires (3)

dimanche, 01 juin 2008

L'Anachorète

L'Anachorète

 

En mangeant son pain noir, il laissa sa dépouille.

Et reprit son travail en pleine pâmoison,

Ses yeux bleus éperdus, dans une frondaison

D’architecture rare, hérissée de gargouilles.

 

Il s’en est retourné, tout son être bredouille,

Sa pauvre tête emplie de merveilleux blasons.

Mais il ne savait pas qu’il absorbait poison

Comme au temps d’Halloween, apeuré de citrouilles.

 

Dans un bar sous la lune, et un peu goguenard,

Il avala ciguë. C’était un traquenard.

Il en sortit ému et perdit sa casquette.

 

Il jura en criant comme un palefrenier

Qu’il était un saint homme un peu primesautier.

Un couvent l’accueillit , en tant qu’anachorète.  

10:16 Publié dans Essais | Lien permanent | Commentaires (2)

mercredi, 14 mai 2008

Ta porte était ouverte

Ta porte était ouverte

 

 

Ta porte était ouverte.

Je t’ai rendu visite Marie.

Dans des gobelets

Des flammes scintillaient.

Je t’ai regardée

Et tu m’as souri.

Merci de m'avoir accueilli.

 

 

En un éclair j’ai tout compris…

 

 

Je t’ai quittée moins fatigué.

Mais une fois dehors,

J’ai tout oublié,

Et je n’ai plus rien compris…

18:33 Publié dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 03 mai 2008

Les œillets rouges (Avril 1974)

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Les œillets rouges (Avril 1974)

 

Avec vos capes noires et vos guitares,

étudiants,

votre fado me fait pleurer.

Oh ! Lisbonne ma Beauté,

Je t’ai confié ma Merveille éplorée.

Pourquoi l’as-tu assassinée ?

 

Je lui chantais mon fado mélancolique.

Elle me répondait par du Pessoa pathétique.

Oh ! Merveille , Oh ! ma Beauté,

On me l’a assassinée,

sous un ciel noir un peu bas,

un vilain soir d’été.

 

Son seul tort :

de s’être penchée,

pour ramasser quatre œillets rouges,

un peu fanés,

qu’on avait jetés, sur la route de l’espoir.

Mais pourquoi, à cet endroit précis,

l’a-t-on assassinée ?

12:02 Publié dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0)