dimanche, 12 juillet 2026
LE FEU ET LA PROMESSE
LE FEU ET LA PROMESSE
(Poème biblique sur la canicule)
« Les montagnes fondent comme la cire devant le Seigneur. »
(Psaume 97)
Le ciel s'est refermé comme un livre de bronze ;
La canicule étend son manteau sur le monde.
Le soleil, tel un glaive au tranchant éclatant,
Frappe la terre entière et consume le temps.
Les forêts autrefois chantaient comme des psaumes ;
Les pins, les vieux chênes, les fiers peupliers
Élevaient leurs rameaux vers les célestes dômes,
Comme un peuple en prière au cœur de l'été.
Mais voici que le vent, pareil au souffle antique
Qui renversa jadis les palais des orgueilleux,
Devient incendiaire, emportant dans sa fuite
La mémoire des bois jusque sous les hauts cieux.
Les flammes vont, pareilles aux chevaux de colère
Dont parla le voyant sur l'île de Patmos.
Elles courent la plaine, elles gravissent la pierre,
Et semblent annoncer l'ombre des derniers mots.
Les pompiers, revêtus de fumée et de cendre,
S'avancent sans faiblir au milieu des brasiers.
Ils ressemblent à David affrontant les ténèbres,
Sans autre bouclier que leur fidélité.
Au-dessus des sommets, les grands canadaires
Déploient leurs vastes ailes comme des chérubins ;
Ils répandent une eau semblable aux eaux premières
Qui couvraient l'univers avant l'aube du matin.
Les fermes disparaissent, les maisons se consument ;
Les pierres elles-mêmes semblent pousser des cris.
Les animaux s'enfuient vers des vallées sans lune,
Comme l'arche attendait les vivants de la nuit.
Les chevaux épuisés hennissent dans la plaine ;
Le cerf cherche un ruisseau que la chaleur a fui.
Même l'hippocampe, au fond de son domaine,
Sent trembler l'océan jusqu'aux portes de la nuit.
La mer n'a plus ce chant des commencements ;
Elle porte un reflet de cuivre et de silence.
Les vagues semblent dire aux peuples des vivants :
« N'oubliez pas Celui qui donna l'existence. »
Les pleurs montent plus haut que les fumées sombres ;
La souffrance habite les regards des enfants.
Ils demandent à Dieu, dans l'épaisseur des ombres :
« Seigneur, pourquoi ce feu ? Pourquoi tant de tourments ? »
Et Dieu répond peut-être au fond de chaque âme,
Non dans le bruit des vents ni le fracas des cieux,
Mais dans cette douceur qu'entendit le prophète Élie,
Lorsque souffla sur lui le murmure de Dieu.
« Je ne suis pas le feu qui détruit la montagne ;
Je suis la source vive au milieu du désert.
Je ne suis pas la haine où l'orgueil vous entraîne ;
Je suis l'eau qui fait naître un jardin dans la pierre.
Je vous avais confié les arbres pour demeure,
Les oiseaux pour le chant, les rivières pour miroir ;
Pourquoi tant de blessures infligées à cette heure
À l'œuvre de mes mains, à l'éclat de l'espoir ?
La planète n'est point un royaume à conquérir ;
Elle est un don d'amour confié à vos enfants.
Celui qui sait planter apprend aussi à vivre ;
Celui qui sait aimer devient véritablement grand. »
Alors tombe la pluie, longtemps attendue des hommes ;
Elle descend des cieux comme une bénédiction.
Les gouttes font renaître un parfum de royaume ;
La terre ouvre de nouveau son cœur à la création.
Les routes retrouvent leurs voyageurs paisibles ;
Les voitures s'arrêtent auprès des champs fleuris.
Les marcheurs remercient la fraîcheur retrouvée ;
Les rôdeurs disparaissent avec la longue nuit.
Le camping entend rire les enfants sous les tentes ;
Les oiseaux reconstruisent leurs fragiles maisons.
Les forêts reverdissent, patientes et vivantes ;
Les sources recommencent leur antique chanson.
Alors s'éloignent enfin les cataclysmes,
Comme un mauvais songe au lever du matin.
L'ombre de l'Apocalypse perd son terrible abîme
Devant l'espérance qui renaît dans les jardins.
Et l'on comprend enfin la parole première :
La Terre est un Éden confié pour un moment.
Chaque arbre est une prière, chaque source une lumière,
Chaque créature chante le Dieu des vivants.
Heureux celui qui protège la forêt qui respire ;
Heureux celui qui console un cœur dans la douleur.
Car lorsque le monde entier semblera s'obscurcir,
L'amour restera toujours plus fort que la peur.
Et lorsque viendra le soir sous les étoiles infinies,
Le Créateur dira aux artisans de paix :
« Venez, vous qui avez gardé vivante ma création.
Le Royaume commence chaque fois qu'un homme sauve un arbre,
chaque fois qu'il relève son frère,
chaque fois qu'il choisit l'amour plutôt que la destruction. »
GAUDEAMUS
18:42 Publié dans Blog, Essais | Lien permanent | Commentaires (0)


