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samedi, 08 août 2026

L'ANGE ET LE DÉMON

L'ANGE ET LE DÉMON

En moi
depuis toujours,
un ange et un démon
se disputent la lumière.

L'un me dit :
« Monte.
Détache toi de la terre.
Oublie le poids du corps,
la fièvre du désir,
le trouble des sens. »

L'autre murmure :
« Reste.
Respire.
Aime la chair qui t'a été donnée.
Ne méprise pas le sang,
la caresse,
la chaleur d'une main. »

Et moi,
entre leurs deux voix,
je ne sais plus
lequel écouter.

J'ai exalté la chair
jusqu'à m'y perdre.

J'ai exalté l'Esprit
jusqu'à oublier
que j'étais un homme.

J'ai voulu être ange
et je n'ai trouvé
que mes ailes brisées.

J'ai voulu être démon
et la nuit elle-même
m'a fait peur.

Alors j'ai compris :

la chair n'est pas l'ennemie de l'Esprit,
et l'Esprit n'est pas le juge de la chair.

La chair est peut-être
la terre où l'Esprit
cherche à prendre racine.

Et l'Esprit,
la flamme secrète
qui empêche la chair
de devenir cendre.

Peut-être faut-il
que l'ange descende
et que le démon
apprenne à lever les yeux.

Peut-être faut-il
que l'un donne ses ailes
à l'autre,
et que l'autre lui donne
son poids de terre.

Alors,
en moi,
ils cesseraient de se combattre.

L'ange déposerait
sa lumière
dans les mains du démon.

Et le démon,
pour la première fois,
pleurerait.

Non de honte.

Mais de reconnaissance.

Car peut-être que Dieu
ne nous demande pas
de choisir entre la chair et l'Esprit,

mais de devenir
l'endroit même
où ils peuvent enfin

s'aimer

Gaudeamus

 

mercredi, 05 août 2026

Le dernier secret

Le dernier secret

À la fin,

Dieu ne nous demandera peut-être pas
combien de vérités
nous avions trouvées.

Il regardera seulement
si notre cœur
est devenu assez vaste
pour qu'un oiseau s'y pose
sans avoir peur.

Il ne pèsera pas
nos livres,
nos doctrines,
nos victoires.

Il prendra notre silence
dans Ses mains
comme on recueille
une goutte de rosée
avant que le soleil ne l'efface.

Et s'Il y découvre
un peu d'amour,
fût-il grand
comme une graine de moutarde,

Il sourira.

Car l'éternité
commence peut-être
chaque fois
qu'un être aime
plus qu'il ne se possède.

Gaudeamus

 

mardi, 04 août 2026

Le pauvre saint

Le pauvre saint

Mon Dieu,

je n'ai point le cœur des héros.

Je suis de ceux
qui tombent pour un caillou,
qui pleurent d'un mot,
qui doutent d'un silence.

Je ne sais pas monter bien haut.
Mes ailes sont de terre.

Je voudrais seulement
ne pas Te perdre
dans le bruit de mes jours.

Les saints...
On les croit faits de neige.

Ils sont peut-être
de pauvre argile,
comme nous.

Mais leur argile
ne refuse pas la Main
qui la reprend sans cesse.

Chaque soir
ils Lui donnent
leur ouvrage manqué,
leurs impatiences,
leurs blessures secrètes,
leur pauvre amour
qui n'a pas su aimer assez.

Et Dieu sourit,
comme une mère
devant le pain
qu'un enfant a pétri
de ses doigts maladroits.

Alors la sainteté
n'est pas d'être grand.

Elle est d'être petit
jusqu'au bout.

D'accepter
que tout bien
vienne d'En Haut
comme la pluie
sur les jardins desséchés.

Mon Dieu,

quand viendra le dernier soir,
je ne T'apporterai
ni miracle,
ni victoire.

Je déposerai seulement
dans Tes mains
mon cœur usé
d'avoir voulu T'aimer.

Et si Tu le trouves
encore plein de poussière,
essuie le doucement.

Tu reconnaîtras bien
qu'il est à Toi.

Gaudeamus ( Méditation sur la sainteté)

lundi, 03 août 2026

Quand Dieu aura fini

Quand Dieu aura fini

Les saints ne sont pas ceux
qui ont vaincu la nuit.

Ils sont ceux
qui ont laissé la nuit
devenir transparente.

Ils n'ont pas changé le monde
à force de puissance.

Ils ont laissé Dieu
le traverser.

Ils ressemblent
à ces vitres anciennes
des petites églises de campagne.

On ne les regarde pas.

Mais lorsque le soleil paraît,
elles disparaissent presque,
tant la lumière
les habite.

Ainsi l'âme.

Longtemps
elle se croit pierre,
bois,
terre lourde,
pauvre poignée de poussière.

Puis Dieu travaille.

Il taille
sans bruit.

Il enlève
ce qui n'est pas Lui.

Chaque joie,
chaque épreuve,
chaque attente,
chaque pardon
retire un voile.

Et l'homme souffre
de perdre ce qu'il appelait
« moi ».

Mais Dieu sourit.

Car Il sait
qu'au cœur de cette perte
naît enfin
le véritable visage.

Alors vient un jour
où l'âme ne dit plus :

« Je veux être sainte. »

Elle murmure seulement :

« Que rien en moi
n'empêche Ta lumière. »

C'est tout.

Et c'est immense.

Car la sainteté
n'est peut-être
que cela :

quand Dieu
a enfin assez d'espace
dans une créature
pour aimer le monde
avec son propre Cœur.

Alors le ciel
n'est plus au-dessus de nous.

Il respire en nous.

Et le dernier souffle
n'est pas une fin.

C'est une porte
qui s'ouvre de l'intérieur.

Nous croyons mourir.

Dieu,
Lui,
achève simplement
Son œuvre.

Gaudeamus ( Méditation sur la sainteté)

14:37 Publié dans Blog, Essais | Lien permanent | Commentaires (0)

Avant la sainteté

Avant la sainteté

Je croyais que les saints marchaient
dans un matin qui ne finit pas,
le visage lavé de lumière,
les mains pleines d'étoiles.

Mais j'ai vu
qu'ils portaient la même boue
au bord de leurs souliers,
la même fatigue au fond des yeux,
et parfois la même nuit.

Ils ne savaient pas davantage
où le chemin tournait.
Ils faisaient seulement,
jour après jour,
un pas vers Toi.

Ils ramassaient le pauvre sourire
tombé d'un enfant,
la peine oubliée d'une vieille femme,
le silence d'un homme
qui n'osait plus prier.

Ils ne demandaient pas
que leur nom demeure.
Ils demandaient seulement
que Ton souffle
ne les quitte pas.

Seigneur,

la sainteté n'est peut-être
qu'une petite lampe
que Ton vent menace toujours
et qui tremble,
sans vouloir s'éteindre.

Fais de mon cœur
non pas un soleil,
mais cette humble flamme
qui veille encore
quand la maison dort,
et qui attend l'aube
sans savoir
si elle viendra.

Car il suffit peut-être,
pour Te ressembler un peu,
d'aimer encore
lorsque tout semble perdu,
et de Te dire
dans la pauvreté du soir :

« Me voici,
avec mes mains vides.
Fais en ce qu'il Te plaira. »

Gaudeamus ( Méditation sur la sainteté)

 

14:30 Publié dans Blog, Film | Lien permanent | Commentaires (0)