samedi, 01 août 2026
La porte étroite
La porte étroite
Le soir a fermé les chemins.
Les oiseaux se sont tus
dans les haies obscures.
Le vent lui-même
semble prier
avec ses mains invisibles.
Et moi,
je demeure au seuil.
Je n'ose pas entrer.
Je porte tant de terre
à mes souliers,
tant d'orgueil dans mon pain,
tant de paroles inutiles
sur mes lèvres.
Je dis : « Seigneur,
ce n'est pas pour moi
la maison des saints. »
Mais Toi,
Tu ne réponds pas.
Tu allumes seulement
une étoile
au-dessus du vieux pommier.
Alors je comprends
que Tu n'appelles jamais
les cœurs déjà purs.
Tu appelles
ceux qui pleurent
de ne l'être pas.
Les lys du jardin
ne savent pas
qu'ils sont blancs.
La source
ignore qu'elle désaltère.
Le blé
ne connaît pas
la faim des hommes.
Ainsi le saint
marche sans savoir
que Ton visage
éclaire déjà le sien.
Il s'étonne
de chaque aurore
comme un pauvre
qui reçoit le pain.
Il bénit
la pluie
autant que le soleil,
car l'une et l'autre
viennent de Ta main.
Il se fait petit
pour que passe
Ton amour.
Et lorsqu'il tombe,
il baise la poussière
comme on embrasse
le seuil d'une église.
Car la terre
où l'on tombe
est encore
la terre
que Tu as créée.
Seigneur,
si je ne puis gravir
la montagne des parfaits,
laisse-moi seulement
ramasser,
au bord du chemin,
une fleur oubliée,
la remettre debout
avant la nuit,
et Te dire
avec mon pauvre souffle :
« Tu étais là,
dans cette humble chose,
et je ne le savais pas. »
Alors,
quand viendra l'heure
où les cloches
sonneront pour moi,
que Ton ange
ne cherche point
de couronne.
Qu'il apporte seulement
la vieille lampe
que j'aurai tant de fois
vu vaciller,
et qu'il dise en souriant :
« Elle brûlait peu,
mais elle n'a jamais
consenti à s'éteindre. »
Gaudeamus ( Méditation sur la sainteté)
20:07 Publié dans Blog, Essais | Lien permanent | Commentaires (0)



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