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vendredi, 02 décembre 2005

Outreau réquisitoire

OUTREAU REQUISITOIRE

 

Malheur à vous juges,

Malheur à vous psys,

Experts en tous genres,

D’avoir condamné,

Autant d’innocents,

Sur la foi d’enfants,

Abusés, violés

Et manipulés,

Par votre justice

Et par des parents,

Indignes du nom

De père et de mère.

 

Malheur à vous juges,

Malheur à vous psys,

Experts en tous genres,

Beaucoup trop payés.

Vous n’êtes pas dignes

De faire un travail

Si humble soit-il,

Bien mieux accompli,

Par de braves gens,

Plus sérieux que vous.

Réviser vos cours

De psychologie.

Vos rapports humains

Sont un vrai chagrin.

 

Malheur à vous juges,

Malheur à vous psys,

Experts en tous genres.

Vous êtes des monstres.

Sans cœur, sans pitié.

Vous serez jugés

Serez condamnés,

Par vos inculpés,

Quatorze innocents

Bafoués et dont un

Poussé au suicide

Tous désespérés

Par une justice

Inique et violente.

Qu’ils n’hésitent pas,

Ainsi que vos pairs

Sans faille et intègres,

A vous envoyer

Croupir en enfer.

 

Gaudeamus

                       

mardi, 29 novembre 2005

Louis Lefebvre

Prière du soir

 

Mon père, me voilà ; ma journée est finie.

Si j'ai fait quelques biens, je vous en remercie ;

Et si j'ai fait le mal,  que votre charité

Pardonne encore à ma constante indignité !

 

Dans ce calme nocturne où je crois vous entendre,

Je songe à l'autre nuit que je verrai descendre

Lorsque le dernier jour à mes yeux aura luit.

Car la mort tombera comme tombe la nuit,

 

Comme elle irrésistible et profonde comme elle.

Que de toutes mes nuits elle soit la plus belle.

Ce soir, ainsi qu'on fait à l'heure de la mort,

Je vous offre mon âme à l’heure où je m'endors.

 

Mon père, accueillez- la cette pauvre âme offerte,

L’élevant un instant hors de la chair inerte,

Faites que je la sente hésiter et partir,

Afin qu'en m'endormant, je m’apprenne à mourir.

 

Louis Lefebvre (La prière d'un homme)

Louis Lefebvre

Prière du matin,

 

Dans le matin naïf comme ces doux enfants

Qui ne font jamais rien de ce qu'on leur défend,

Dans le matin, tout jeune et pur sous sa rosée,

Je vous adore avec une âme reposée.

 

J'aime bien vous jeter mon appel matinal :

Je n’ai  pas encore eu le temps de faire mal,

J’ai moins honte de moi, misérable et sincère,

Et je pense toujours que je saurai mieux faire.

 

Cette fraîcheur inexprimable du matin,

Comme d’un clair manteau de fragile satin,

Mon père, couvrez-m’en pour toute ma journée !

Maintenant sitôt ma prière terminée,

 

Je vais rentrer parmi les hommes et le bruit ;

Faites qu'au milieu d’eux, et jusqu'à cette nuit,

 Je sente, pure et fraîche en moi comme l'aurore,

Mon âme se lever et se lever encore !

 

Louis Lefebvre

 « La prière d'un homme »

 
 

Sully Prudhomme (1839 -- 1908)

Les yeux.

 

Bleues ou noires, tous aimés, tous beaux,

Des yeux sans nombre ont vu l’aurore ;

Ils dorment au fond des tombeaux

Et le soleil se lève encore.

 

Les nuits  plus douces que les jours

Ont enchanté des yeux son ombre ;

Les étoiles brillent toujours

Et les yeux se sont remplis d'ombre.

 

Oh ! Qu'ils Aient perdu le regard,

Non, non, cela n'est pas possible.

Ils se sont tournés quelque part

Vers ce qu'on nomme l’invisible ;

 

Et comme les astres penchants

Nous quittent, mais au ciel demeurent,

Les prunelles ont leurs couchants,

mais il n'est pas vrai qu’elles meurent :

 

Bleues ou noires, tous aimés, tous beaux,

Ouverts à quelque immense aurore,

De l'autre côté des tombeaux

Les yeux qu’on ferme voient encore..

 
René-François Sully Prudhomme (1839 -- 1908)
 

 ( La Vie Intérieure)

Sully Prudhomme (1839 – 1908 )

Le vase brisé

Le vase ou meurt cette verveine

D'un coup d'éventail  fut fêlé ;

Le coup dut  l'effleurer à peine,

Aucun bruit ne l'a révélé.

Mais la légère meurtrissure,

Mordant le cristal chaque jour,

D'une marche invisible et sure

En a fait lentement le tour.

Son eau fraîche a fui goutte-à-goutte

Le suc des fleurs s'est épuisé.

Personne encore ne s’en doute,

N'y touchez pas, il est brisé.

 

Souvent aussi la main qu'on aime

Effleurant le corps, le meurtrit ;

Puis, le corps se fend de lui-même,

La fleur de son amour périt  ;

 

Toujours intact aux yeux du monde,

Il sent  croître et pleurer tout bas

Sa blessure fine et profonde :

Il est brisé, n'y touchez pas.

 

Sully Prudhomme (1839 – 1908 )

 (La Vie Intérieure - 1865)

Arthur Rimbaud (1854 -- 1891)

 

Le dormeur du val

C'est un trou de verdure où chante une rivière

Accrochant follement aux herbes des haillons

D'argent, où le soleil de la montagne fière,

Luit ; c'est un petit val qui mousse de rayons.

 
 

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu

Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

 

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

Sourirait un enfant malade, il fait un somme.

Nature, berce le chaudement : il a froid !

 

Les parfums ne Font pas frissonner sa marine ;

Il dort dans le soleil la main sur la poitrine,

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

 

Arthur Rimbaud (1854 -- 1891)

(Poésies)

Rimbaud a publié ses vers, un « Croquis de Guerre » , en novembre 1870 , dans le Progrès des Ardennes.

Émile Goudeau (1850 -- 1906)

Le clown de l'ironie.

 

Brillamment, tout le jour, il avait combattu

Pour ses rêves, pour ses espoirs, pour ses idées,

Lançant, audacieux, ses forces débridées

A l’assaut du bonheur, cet assiégé têtu.

 

Les assistants disaient : « ce lutteur est vêtu

D'ironie et de grâce et, par le larges bordées,

Le rire éclate aux coins de ses lèvres fardées :

On ne l'a jamais vu ni las, ni courbatu. »

 

Le soir, il salua debout la galerie,

Clown élégant qui veut qu’au Public on sourie,

Puis, pour aller dormir un peu se retira.

 

Dans le logis hanté du spleen et des migraines,

Il lorgna vaguement les étoiles sereines.

Et, quand il eut fermé sa fenêtre, il pleura ...

 
Émile Goudeau (1850 -- 1906)

Albert Samain (1858 -- 1900)

La cuisine.

 

Dans la cuisine où flotte une senteur de thym,

Au retour du marché, comme un soir de butin,

S’entassent pêle-mêle avec les lourdes viandes,

Les pruneaux, des radis, les oignons en guirlandes.

 

Les grands choux violets, le rouge potiron,

La tomate vivace et le pâle citron.

Comme un grand cerf-volant la raie énorme et plate

Gît, fouillée au couteau, d’une plaie écarlate.

 

Un lièvre au poil rougi traîne sur les pavés

Avec des yeux pareils à des raisins crevés.

D'un tas d'huîtres vidé d'un panier couvert d'algues

Monte l'odeur du large et la fraîcheur des vagues.

 

Les cailles, les perdreaux au doux ventre ardoisé

Laissent, du sang au bec, pendre leur cou brisé ;

C'est un étal vibrant de fruits verts, de légumes

De nacre, d'argent clair, d’écailles et de plumes.

 

Un tronçon de saumon saigne et, vivant encore,

Un grand homard de bronze, acheté sur le port,

Parmi la victuaille au hasard  entassée

Agite, agonisant, une antenne cassée.

 

Albert Samain (1858 -- 1900)

(Le Chariot d'Or -- 1901)

Albert Samain (1858 -- 1900)

Il est d’étranges soirs...

 

Il est d'étranges soirs où les fleurs ont une âme

Où dans l'air énervé flotte du repentir,

Où sur la vague lente et lourde d'un soupir

Le cœur le plus secret aux lèvres vient mourir.

Il est d'étranges soirs où les fleurs ont une âme,

Et ces soirs-là, je vais tendre comme une femme.

 

Il est des clairs matins fils, de roses se coiffant,

Où l’âme a des  gaietés d’eaux vives dans les roches,

Où le cœur est un ciel de Pâques plein de cloches

Où la chair est sans tache et l’esprit sans reproches.

Il est de clairs  matins de roses se coiffant,

Ces matins-là, je vais joyeux comme un enfant

 

Il est de mornes jours où, las de se connaître,

Le cœur, vieux de mille ans s'assied sur son butin,

O% le plus cher passé semble un décor déteint,

Où s'agite un vague et minable cabotin.

Il est de mornes jours, las du poids de connaître,

Et ces jours-là, je vais courbé comme un ancêtre !

 

Il est des nuits de doute, où l'angoisse vous tord,

Où l’âme, au bout de la spirale descendue,

Pâle et sur l'infini terrible suspendue,

Sent le vent de l'abîme et recule perdue !

Il est des nuits de doute, où l'angoisse vous tord,

Et ces nuits-là, je suis dans l’ombre comme à mort.

 

Albert Samain (1858 -- 1900)

(Au Jardin de l’Infante -- 1893)

 

Théodore de Banville (1829 - 1891)

A ma mère.

 

Lorsque ma sœur et moi, dans les forêts profondes,

Nous avions déchiré nos pieds sur les cailloux,

En nous baisant au front, tu nous appelais fous,

Après avoir maudit nos courses vagabondes.

 

Puis, comme un vent d’été confond les fraîches ondes

De deux petits ruisseaux sur un lit calme et doux ,

Lorsque tu nous tenais tous deux sur tes genoux,

Tu mêlais en riant nos chevelures blondes.

 

Et pendant bien longtemps, nous restions là blottis,

Heureux, et tu disais parfois : « O chers petits  !

Un jour, vous serez grands, et moi je serai vieille ! »

 

Les jours se sont enfuis d’un vol mystérieux,

Mais toujours la jeunesse éclatante et vermeille

Fleurit dans ton sourire et brille dans tes yeux.

 

Théodore de Banville (1829 -- 1891)

(Roses de Noël)

Mon clochard

 
 

Dans le parc désert

Sous un froid glacial

Un clochard barbu

Et bien mal vêtu

Boit à la bouteille

Les dernières gouttes

De son sang gelé.

Je m’approche de lui

Je lui tends la main.

Son regard perdu

Son regard lointain

Cherche  dans sa tête.

« Est-ce mon ami

Ou un ennemi ? »

« T’as pas un euro ? »

« Plutôt un refuge ? »

« Qu’on me fout’ la paix ! »

Le bonhomme insiste :

« T’as pas un euro ? »

Je lui en sers dix.

Il rit, me sourit.

Il bafouille un mot :

Un petit merci

Et vite m’oublie

Je pars mécontent

Bouillant de colère

Dans mon sang bien chaud

Mais, ai-je le droit

D’obliger un pauvre

A mener la vie

D’un petit bourgeois ?

J’en sais foutre rien.

Sa richesse à lui

C’est son vin. Putain !

 

Gaudeamus