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vendredi, 24 juillet 2026

Le silence de Dieu

Le silence de Dieu

Si le bois de la croix n'avait jamais gémi,
Si le ciel était resté muet ce vendredi,
Aurions-nous élevé d'autres temples, d'autres pierres,
Aux dieux du Capitole, aux astres, aux mystères ?

Le latin serait-il le chant de nos berceaux ?
Le grec, l'écho vivant des sages et des mots ?
Jupiter règnerait-il sur nos vieilles mémoires,
Et Vénus guiderait-elle encore nos histoires ?

L'Histoire a fait d'un homme un éternel chemin ;
Quelques clous, une colline, et le destin humain
A changé de visage au détour d'une heure,
Comme un fleuve qui soudain abandonne sa demeure.

Mais pourquoi donc, Seigneur, ce si long anonymat ?
Pourquoi laisser des siècles où nul ne Te voit ?
Pourquoi tant de saisons avant qu'une parole
Ne traverse enfin la nuit des idoles ?

Deux mille ans de silence... ou peut-être davantage.
Des enfants sont passés, des empires, des naufrages ;
Des peuples ont cherché sous mille cieux divers
Le nom de l'invisible caché dans l'univers.

Chaque foi dit : « Voici le sentier véritable. »
Chaque livre promet l'invisible ineffable.
La Torah et la Croix, le Coran, le Veda,
Le Bouddha silencieux, les chants de l'Avesta...

Qui possède la clé ? Qui détient la lumière ?
Le prophète, le moine, ou l'humble solitaire ?
Le savant qui calcule, ou l'enfant émerveillé
Qui regarde une étoile sans vouloir l'expliquer ?

Peut-être que Dieu rit de nos certitudes sages ;
Peut-être aime-t-Il plus les questions que les cages.
Car la foi qui s'impose ressemble au vent mauvais ;
La foi qui se découvre apprend à écouter.

Je marche entre les croix, les mosquées, les pagodes ;
J'écoute les psaumes, les mantras, les odes.
Dans chacune des voix j'entends monter parfois
La même soif d'aimer, la même quête en soi.

Alors je ne sais plus quelle est la vraie rive.
Je sais seulement l'eau qui toujours nous dérive ;
Et qu'au bout du voyage, s'il existe un seul Dieu,
Il reconnaîtra peut-être ceux qui cherchent mieux.

Car la vérité n'est peut-être pas un drapeau,
Ni un temple de pierre, ni le poids des mots.
Elle est peut-être un souffle, un regard, une main,
Une lampe allumée sur le bord du chemin.

Et si Dieu nous attend derrière tous les visages,
Peut-être que nos doutes sont déjà son langage.

GAUDEAMUS

 

11:36 Publié dans Blog, Essais | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 15 juillet 2026

Ceux qui cherchent Dieu

Ceux qui cherchent Dieu

Avant que la Croix ne dresse son ombre
Sur la colline où tremblait le monde,
Qui Te priait, Seigneur,
Dans le silence des siècles ?

Tu regardais déjà les hommes.
Tu voyais leurs mains levées vers les étoiles,
Leurs temples de marbre,
Leurs feux sacrés,
Leurs chants inconnus
Qui montaient pourtant jusqu'à Toi.

Tu étais là,
Avant que l'on prononce Ton Nom.

Pourquoi tant d'attente ?
Pourquoi ces millénaires
Où les peuples marchaient
Comme des enfants dans la nuit,
Cherchant une lumière
Dont ils ignoraient la source ?

Le temps de Dieu
N'est pas celui des horloges.
Il ressemble à la lente naissance
D'une aurore
Qui prépare depuis toujours
Le premier rayon.

Puis vint un homme,
Pauvre parmi les pauvres,
Qui parlait d'amour
Comme personne n'en avait parlé.

Il ne possédait rien
Sinon un regard
Capable de relever les morts vivants,
Les oubliés,
Les pécheurs,
Les blessés du cœur.

Et les hommes,
Craignant davantage la lumière
Que les ténèbres,
Le clouèrent sur le bois.

Ils pensaient arrêter une voix ;
Ils ouvrirent un chemin.

Depuis,
Les siècles répètent Son Nom.
Des cathédrales montent vers le ciel,
Des cloches répondent aux minarets,
Les synagogues gardent l'Alliance,
Les pagodes veillent dans le silence,
Les sages méditent,
Les mystiques prient,
Et chacun tend les mains
Vers l'Invisible.

Qui donc possède Dieu ?

Personne.

Car Dieu n'est pas une frontière,
Ni un royaume réservé,
Ni un livre refermé.

Il est le souffle
Qui traverse tous les livres,
Toutes les prières,
Tous les visages.

Celui qui aime
Le connaît déjà
Sans toujours savoir Son Nom.

Celui qui pardonne
Le rencontre déjà
Sans avoir vu Son visage.

Celui qui console
Touche déjà
Le bord de Son manteau.

Et moi,
Vieil homme au seuil du soir,
Je n'ai plus tant besoin de réponses.

Les grandes certitudes
Se sont assises auprès de mes doutes
Comme deux amis
Qui regardent ensemble le même coucher de soleil.

Je ne demande plus :
« Quelle est la vraie religion ? »

Je demande seulement :

« Seigneur,
Apprends-moi à Te reconnaître
Sous les traits de chaque être humain.

Fais que je ne confonde jamais
La vérité avec l'orgueil,
La foi avec la peur,
La religion avec le pouvoir.

Si Tu es plus grand
Que tous nos temples,
Plus vaste
Que toutes nos Écritures,
Plus profond
Que toutes nos théologies,

Alors ouvre mon cœur
Plutôt que mon esprit.

Et lorsque viendra pour moi
Le dernier silence,

Que je découvre enfin
Que Tu marchais à mes côtés
Depuis le commencement des siècles,
Bien avant que les hommes
Ne commencent à parler de Toi. »

Gaudeamus

 

dimanche, 12 juillet 2026

LE FEU ET LA PROMESSE

LE FEU ET LA PROMESSE

(Poème biblique sur la canicule)

« Les montagnes fondent comme la cire devant le Seigneur. »
(Psaume 97)

Le ciel s'est refermé comme un livre de bronze ;
La canicule étend son manteau sur le monde.
Le soleil, tel un glaive au tranchant éclatant,
Frappe la terre entière et consume le temps.

Les forêts autrefois chantaient comme des psaumes ;
Les pins, les vieux chênes, les fiers peupliers
Élevaient leurs rameaux vers les célestes dômes,
Comme un peuple en prière au cœur de l'été.

Mais voici que le vent, pareil au souffle antique
Qui renversa jadis les palais des orgueilleux,
Devient incendiaire, emportant dans sa fuite
La mémoire des bois jusque sous les hauts cieux.

Les flammes vont, pareilles aux chevaux de colère
Dont parla le voyant sur l'île de Patmos.
Elles courent la plaine, elles gravissent la pierre,
Et semblent annoncer l'ombre des derniers mots.

Les pompiers, revêtus de fumée et de cendre,
S'avancent sans faiblir au milieu des brasiers.
Ils ressemblent à David affrontant les ténèbres,
Sans autre bouclier que leur fidélité.

Au-dessus des sommets, les grands canadaires
Déploient leurs vastes ailes comme des chérubins ;
Ils répandent une eau semblable aux eaux premières
Qui couvraient l'univers avant l'aube du matin.

Les fermes disparaissent, les maisons se consument ;
Les pierres elles-mêmes semblent pousser des cris.
Les animaux s'enfuient vers des vallées sans lune,
Comme l'arche attendait les vivants de la nuit.

Les chevaux épuisés hennissent dans la plaine ;
Le cerf cherche un ruisseau que la chaleur a fui.
Même l'hippocampe, au fond de son domaine,
Sent trembler l'océan jusqu'aux portes de la nuit.

La mer n'a plus ce chant des commencements ;
Elle porte un reflet de cuivre et de silence.
Les vagues semblent dire aux peuples des vivants :
« N'oubliez pas Celui qui donna l'existence. »

Les pleurs montent plus haut que les fumées sombres ;
La souffrance habite les regards des enfants.
Ils demandent à Dieu, dans l'épaisseur des ombres :

« Seigneur, pourquoi ce feu ? Pourquoi tant de tourments ? »

Et Dieu répond peut-être au fond de chaque âme,
Non dans le bruit des vents ni le fracas des cieux,
Mais dans cette douceur qu'entendit le prophète Élie,
Lorsque souffla sur lui le murmure de Dieu.

« Je ne suis pas le feu qui détruit la montagne ;
Je suis la source vive au milieu du désert.
Je ne suis pas la haine où l'orgueil vous entraîne ;
Je suis l'eau qui fait naître un jardin dans la pierre.

Je vous avais confié les arbres pour demeure,
Les oiseaux pour le chant, les rivières pour miroir ;
Pourquoi tant de blessures infligées à cette heure
À l'œuvre de mes mains, à l'éclat de l'espoir ?

La planète n'est point un royaume à conquérir ;
Elle est un don d'amour confié à vos enfants.
Celui qui sait planter apprend aussi à vivre ;
Celui qui sait aimer devient véritablement grand. »

Alors tombe la pluie, longtemps attendue des hommes ;
Elle descend des cieux comme une bénédiction.
Les gouttes font renaître un parfum de royaume ;
La terre ouvre de nouveau son cœur à la création.

Les routes retrouvent leurs voyageurs paisibles ;
Les voitures s'arrêtent auprès des champs fleuris.
Les marcheurs remercient la fraîcheur retrouvée ;
Les rôdeurs disparaissent avec la longue nuit.

Le camping entend rire les enfants sous les tentes ;
Les oiseaux reconstruisent leurs fragiles maisons.
Les forêts reverdissent, patientes et vivantes ;
Les sources recommencent leur antique chanson.

Alors s'éloignent enfin les cataclysmes,
Comme un mauvais songe au lever du matin.
L'ombre de l'Apocalypse perd son terrible abîme
Devant l'espérance qui renaît dans les jardins.

Et l'on comprend enfin la parole première :

La Terre est un Éden confié pour un moment.
Chaque arbre est une prière, chaque source une lumière,
Chaque créature chante le Dieu des vivants.

Heureux celui qui protège la forêt qui respire ;
Heureux celui qui console un cœur dans la douleur.
Car lorsque le monde entier semblera s'obscurcir,
L'amour restera toujours plus fort que la peur.

Et lorsque viendra le soir sous les étoiles infinies,
Le Créateur dira aux artisans de paix :

« Venez, vous qui avez gardé vivante ma création.
Le Royaume commence chaque fois qu'un homme sauve un arbre,
chaque fois qu'il relève son frère,
chaque fois qu'il choisit l'amour plutôt que la destruction. »

GAUDEAMUS

 

18:42 Publié dans Blog, Essais | Lien permanent | Commentaires (0)