dimanche, 20 mai 2007
Echec et Mat
« Mais n’est-ce pas déjà l’insulter injurieusement que d’appeler les échecs un jeu ? »
Stéfan SWEIG ( Le Joueur d’Echecs )
« Toutes les femmes sont fatales ; on commence par leur devoir la vie, elles finissent par causer notre perte ».
Antoine Blondin ( Certificats d’études )
Echec et Mat
La maison des jeunes ressemble à un ashram.
A l’étage on y chante un fado mélancolique,
Une guitare do sol la ré sol la.
Le bruit du périf est très assourdi.
Ce lieu est un petit paradis.
Dans la salle du bas, des joueurs d’échecs,
très absorbés :
à une table les blancs et les noirs ont roqué.
Les blancs ont le visage hâve et crispé.
Il faudrait seulement que le roi soit dégagé.
Les noirs se pâment, très à l’aise.
Ils mijotent un coup de maître.
Une miss, jupe courte et aguicheuse
entre sans frapper.
Les joueurs la regardent les yeux chavirés.
Les noirs en profitent pour déplacer un cavalier,
et foudroient les blancs, avec un mat à l’étouffé.
On ne joue pas pour gagner ou pour perdre.
On joue pour savoir si on va perdre ou gagner.
Pour ça et pour nous les hommes, les femmes peuvent nous y aider…
14:39 Publié dans Textes/Poèmes coucous désemprisonnés | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 18 mai 2007
Du fond des âges
Du fond des âges
D’autres âges cherchent à naître
Le matin plane sur les eaux
Terre âpre de tous nos ancêtres
Leurs combats, c’étaient leurs drapeaux
Terre née dessus le chaos
Plaintes des ruptures célestes
Vous n’avez pas ce beau nom d’arbre
Vallon ignore le vallon
L’oiseau se découvrait un nom
La Parole une ombre qui passe
Les eaux se présentaient de face
L’espérance fleur aux buissons
Dans la salive du langage
La vision de Qui se nommait
Les bouleaux grandissent l’espace
Les montagnes sans leurs sommets
Le mot majesté l’approuvait
L’outil luit comme une cuirasse
Tous ces mots signifiaient Lumière
La nuit obtint qu’on la nommât
On vit des yeux dans les ténèbres
Chaque souffle fut un combat
Le cri qui nous dresse une croix
L’homme prit sa lampe-tempête
Déluge accablant de vocables
Babel effondrée te répond
Le pain la pierre de la fable
Séparer farine du son
Le berger mettra ses moutons
Au ciel à la secrète étable.
Condamnés à planète terre
Cherchant aussi le Merveilleux
Les travaux conduisent aux cieux
Aimons l’esprit moins que la chair
La grande école du mystère
Ceux-là multipliant les dieux
Paysans des mots, des labours
Conduisant l’Eternel sillon
Village, il nous faut des faubourgs
Les mots tristes de nos prisons
Ces mots que nous apprivoisons
Et seuls avec le monde autour
Ce monde à qui donner son âme
Fait la somme de nos raisons
Paysans des mots, des étoiles
Ouvriers en morte-saison
La source où l’eau redevient flamme
Promis à la Rédemption
Chantons au fond des puits aveugles
Encor l’amour et le malheur
Témoins de nos tristes épreuves
Voici plongés dans la douleur
Soumis de l’errance à l’erreur
La mort comme une jeune veuve.
23:00 Publié dans Essais | Lien permanent | Commentaires (1)
Rêve d'écorce
Rêve d’écorce
Je vois un essaim de paupières
Dans un grand jet d’eau de lumière
Et des ailes en mouvement
Des fronts de lèpres et de pierres
Un monde bleu en bercement
Passants sous les toits de la ville
Des soirs aux lampes difficiles
Des gares où sanglotent des trains
Pour nous un calme domicile
Avec des brouillards du matin
Inquiets les oiseaux de passage
Ils nous rapportent nos visages
Transfigurés des pays froids
Vieilles années dans des sillages
Cœurs glacés, soleil dans les bois.
Ton corps cherche la transparence
Au bord des vallées de silence
Tes mains sur les harpes du vent
Et dans tes yeux tu recommences
A rouler un sable ignorant.
Etés parcourus de fontaines
Migration d’arbres vers la plaine
Rajeunissement du troupeau
Lumineux de joie et de peine
Rêve d’écorce sur ta peau
Je m’avance comme un feuillage
Mon sang continue son voyage
Il soupèse ferme ta joue
Ta chair sculptée à mon image
Un épi entre nos genoux
12:50 Publié dans Essais | Lien permanent | Commentaires (1)
mardi, 15 mai 2007
Une Milonga à la framboise
Une Milonga à la framboise
Elle vient de décrocher un job,
Pour jouer dans un film.
Il lui faut pour cela apprendre
à danser la milonga.
Elle s’exerce à l’ombre d’un bois de yeuses.
Le soleil darde dru ses flèches de feu.
Elle rentre chez elle,
et derrière une clisse recommence ses pas.
Son amoureux sonne à sa porte.
Ils se mettent à danser la milonga,
sans répit.
Lui est plutôt doué pour la lute et la boxe.
Découragée, elle voit le job lui échapper.
Le metteur en scène lui fait une scène.
Sa milonga ne lui plait pas
Elle se met à pleurer
Pour la consoler,
il lui propose un rôle inique :
cuisiner dans une touque des framboises,
en faire de la confiture,
et la mettre en bocaux.
Pleine de griefs, elle s’exécute, le cœur gros.
Son rôle de cuisinière eut un gros succès.
Les spectateurs oublièrent la milonga.
Ces admiratrices la harcelèrent,
pour avoir la recette magique de sa confiture à la framboise.
Dans la vie aucun rôle n’est inutile, même le plus ingrat.
22:14 | Lien permanent | Commentaires (0)
Un Aviso mal avisé
Un Aviso mal avisé
Dans les yeuses pourrit un aviso,
derrière des clisses.
Lui tiennent compagnie
des bocaux sales
et des touques cabossées.
Son voyage est bien fini.
Il faudrait le louver en light,
pour lui éviter un vilain sabré.
Il boxe avec le vent.
Il lute avec le temps
Il boit des lampées vitaminiques
qui le font jouir le jour et gémir la nuit .
Autour de lui on a écobué le sol
Il sent le vrai et le faux.
Il est gominé et figé
pour une bonne éternité.
Les yeuses lui font un parasol,
pour soulager sa dernière remorque
en loques.
Des oiseaux souillons l’accompagnent,
dans ses rêves d’embruns.
L’aviso est bien solitaire et fatigué.
Il ne veille plus au grain
Il a largué sa hargne,
et ses souvenirs de campagnes.
Il se bat avec une dernière et vilaine tempête :
celle d’une misérable retraite…
13:50 Publié dans Textes/Poèmes coucous désemprisonnés | Lien permanent | Commentaires (0)


