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vendredi, 17 mars 2006

Un village et deux enterrements

Un village et deux enterrements

 

Il fait plus noir qu'au fond d'un puits.

Il fait plus noir que du charbon.

L'église au loin sonne le glas,

Pour un inconnu du village.

Il y aura beaucoup de monde.

Les gens aiment les respectables.

Ils ont pouvoir sur les vivants.

 

Le potard guette l'ordonnance

Et le médecin le malade.

Le gros boucher le bon vivant.

Le charcutier, le gros cochon.

Le coiffeur guette les hirsutes

Les deux cafés les croque-morts.

Et le curé son goupillon,

Son requiem de tradition.

 

Le p'tit village tout entier

A pris une tête d'enterrement.

 

Le cimetière est en beauté

Pour y loger cet inconnu.

Il y aura beaucoup de monde.

Les gens aiment les respectables,

Ils ont pouvoir sur les vivants.

 

L'église au loin sonne le glas.

C'est la fin de l'enterrement.

Le p'tit village tout entier

Reprend sa tête de tous les jours,

Sa tête de bon vivant.

 

Demain les cloches sonneront,

A pleines volées dans le ciel,

Pour des mariés très inconnus.

Il y aura beaucoup de monde.

Les gens aiment les respectables,

Ils ont pouvoir sur les vivants.

 

Le p'tit village tout entier

Aura la tête en tourbillon.

Les deux cafés seront ouverts,

Pour un tout autre enterrement :

Celui d'une vie de garçon !

 
 
 

mercredi, 15 mars 2006

Je te salue, ô merveillette fente -Pierre de Ronsard (1524 - 1585)

Je te salue, ô merveillette fente,

Qui vivement entre ces flancs reluis;
Je te salue, ô bienheureux pertuis,
Qui rend ma vie heureusement contente!
 
C'est toi qui fais que plus ne me tourmente
L'archer volant qui causait mes ennuis;
T'ayant tenu seulement quatre nuits
Je sens sa force en moi déjà plus lente.
 
Ô petit trou, trou mignard, trou velu,
D'un poil folet mollement crespelu,
Qui à ton gré domptes les plus rebelles:
Tous vers galans devraient, pour t'honorer,
A beaux genoux te venir adorer,
Tenant au poing leurs flambantes chandelles!

   

 

Pierre de Ronsard (1524 - 1585)

 

Charles Cros


Sidonie a plus d'un amant,
C'est une chose bien connue
Qu'elle avoue, elle, fièrement.
Sidonie a plus d'un amant
Parce que, pour elle, être nue
Est son plus charmant vêtement.
C'est une chose bien connue,
Sidonie a plus d'un amant.

Elle en prend à ses cheveux blonds
Comme, à sa toile, l'araignée
Prend les mouches et les frelons.
Elle en prend à ses cheveux blonds.
Vers sa prunelle ensoleillée
Ils volent, pauvres papillons.
Comme, à sa toile, l'araignée
Elle en prend à ses cheveux blonds.

Elle en attrape avec les dents
Quand le rire entr'ouvre sa bouche
Et dévore les imprudents.
Elle en attrape avec les dents.
Sa bouche, quand elle se couche,
Reste rose et ses dents dedans.
Quand le rire entr'ouvre sa bouche
Elle en attrape avec les dents.

Elle les mène par le nez,
Comme fait, dit-on, le crotale
Des oiseaux qu'il a fascinés.
Elle les mène par le nez.
Quand dans une moue elle étale
Sa langue à leurs yeux étonnés,
Comme fait, dit-on, le crotale
Elle les mène par le nez.

Sidonie a plus d'un amant,
Qu'on le lui reproche ou l'en loue
Elle s'en moque également.
Sidonie a plus d'un amant.
Aussi, jusqu'à ce qu'on la cloue
Au sapin de l'enterrement,
Qu'on le lui reproche ou l'en loue,
Sidoine aura plus d'un amant.

Charles Cros