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mercredi, 10 juin 2015

Maximes sur la guerre - René Quinton

 

maximes sur la guerre.jpgPREMIÈRE PARTIE —

MAXIMES SUR LA GUERRE

Maximes sur la Guerre – I

I.

Les hommes peuvent rêver qu'ils n'aiment point la guerre. La nature aime la lutte et la mort.

C'est à la fleur et dans la plénitude de leur âge que la nature voue les mâles à la mort.

La nature crée des espèces ; elle ne crée pas des êtres. L'espèce est la fin ; l'être n'est que le

serviteur de cette fin. C'est le propre de l'individu de s'abuser sur sa destinée et de croire qu'il est né

pour soi-même.(1)

Seuls, les héros soupçonnent qu'ils ne sont point nés pour eux-mêmes. (2)

La guerre ne transforme point les hommes ; elle les rend à leur fin native. La guerre est l'état

naturel des mâles.

Autant l'homme déteste la mort dans les heures calmes de la vie, autant il l'accepte

naturellement dans la lutte.

Dans l'univers, le service de l'espèce impose aux femelles les charges, les risques de la

maternité. Il impose aux mâles d'un même sang la lutte fratricide, le combat entre soi, la mort s'il le

faut (1). Ce que l'instinct impose, l'animal l'accepte naturellement. Les mâles sont organisés pour

mourir, pour accepter du moins les risques de la mort dans la lutte.

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1. L'homme attache du prix à son existence ; la nature, non.

2. La nature crée des hommes pour être sacrifiés au bien commun ; ce sont les héros.

La nature ne veut point la fécondation ; elle veut la fécondation essentielle. La première mission des mâles n'est pas de se reproduire, mais de s'entre-tuer. Dans l'ensemble du monde vivant, leurs

carnages préludent à l'amour. La femelle propage l'espèce ; le mâle, par sa mort, la sélectionne (2).

La nature, qui en bénéficie, crée les mâles pour s'entre-détruire ; elle leur en donne le goût et la

force de risquer (1).

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1. Dans l'univers, la survie de l'espèce impose aux femelles les charges, les risques de la maternité.

Elle impose aux mâles de même sang le duel de mâle à mâle, le combat sans merci, la mort s'il le

faut.

2. La nature veut que les mâles s'affrontent, qu'ils meurent. Dans l'ensemble du monde vivant, les

carnages des mâles préludent à l'amour. La femelle propage l'espèce ; le mâle, par sa mort, la

purifie.

Le mâle qui meurt sert l'espèce, en laissant à d'autres le soin de la propager.

La nature refuse aux mâles le droit de se reproduire, aux races le droit de se perpétuer. Ce droit,

les mâles et les races doivent le conquérir dans la lutte. Le premier devoir que la nature leur dicte

n'est point de vivre, mais de triompher ou de mourir (2).

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1. Un petit nombre de mâles assurent le service de l'espèce. La nature confie à l'ensemble des mâles

le soin de dénier à chacun d'eux le droit de se reproduire. Elle les dote de cœurs ennemis, afin qu'ils

se mesurent et s'entre-détruisent dans la lutte. L'inimitié des mâles est la loi et le salut de l'espèce. –

La nature ne crée l'espèce qu'en y créant les mâles ennemis ; le mâle, par sa mort, la purifie.

2. Un mâle n'a pas le droit de se reproduire. Une race n'a point le droit de se perpétuer. La

nature veut le règne des forts. Elle affronte les mâles, elle affronte les races, afin de les juger, de les

condamner ou de les conserver.

La charge de mourir est aussi naturelle au mâle, qu'à la femelle la charge de porter. La destinée

des mâles est de mettre en jeu leur vie au service de l'espèce. Tout mâle porte en soi la vocation de mourir (1).

La mort se supporte bien à la guerre. À l'heure de la lutte, l'homme naturel méprise la vie. Elle

n'est plus sa fin. Il cesse d'être son champion pour devenir celui de l'espèce.

La guerre n'est point un défi à la nature. Il n'est point contre nature pour le mâle de tuer son

semblable ; il n'est point contre nature pour le mâle d'être tué par son semblable. La loi qui régit les

rapports des mâles à l'intérieur d'une même espèce est une loi de meurtre et de risque. La guerre est

un chapitre de l'amour.

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1. La nature n'aime pas les mâles. – À l'intérieur de chaque espèce, les mâles ont la mission de

s'entre-tuer pour le salut de l'espèce.

Les mâles de la même espèce ont une ivresse à s'entre-déchirer. L'ivresse de la guerre est une

ivresse de l'amour.

L'égoïsme est le faux calcul. La guerre rappelle soudain aux hommes qu'ils ne sont point nés

pour eux-mêmes.

Les êtres ne sont beaux qu'en amour et à la guerre, parce que le dévouement et l'abnégation sont

les deux vertus de l'amour et de la guerre, et les assises de la beauté morale (1).

Il y a des êtres qui croient s'aimer et savent qu'ils ne mourraient point l'un pour l'autre.

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1. La guerre donne aux hommes la beauté morale que la maternité donne aux femmes.

Le pacifisme est un attentat à l'honneur. L'homme n'a qu'une majesté, qui est de savoir mourir.

Le pacifisme la lui dénie (1).

La force qui pousse les hommes au feu est une des plus puissantes du monde. Elle domine celle

qui les pousse à l'amour. Il est peu d'amours sur la terre pour lesquels on soit prêt à mourir. L'amour

du pays en est un (2).

Qui n'a pas désiré mourir n'a jamais aimé.

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1. Le pacifisme est le frère du malthusianisme.

2. L'amour de la Patrie est un amour ombrageux qui ne supporte point d'être nommé. C'est un

amour qui réconcilie tous les hommes, un amour d'accord avec l'honneur, le seul amour auquel

l'honneur permette de se laisser aller.

Ce n'est pas pour atteindre des sommets que des hommes gravissent les montagnes. Le

côtoiement de la mort est si doux, qu'à défaut de la guerre, l'homme s'invente dans des jeux des

occasions de mourir (1).

Aucune espèce animale n'apporte à la mort plus de frénésie que l'homme. Aucune ne s'épure ni

ne s'entre-tue davantage. Chez l'animal, il n'y a que les instincts qui s'affrontent ; chez l'homme, il y

a les idées. Une croyance qui diffère porte en soi un ordre de mort. Tout idéal est un prétexte à tuer

(2).

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1. Les voluptés du risque sont si impérieuses que, la vie de société abolissant certains dangers,

l'homme s'en crée d'artificiels pour s 'exposer et en jouir.

2. Aucune espèce animale n'apporte à la mort plus de frénésie que l'homme. C'est parce qu'il outre

la nature que l'homme outre la mort.

Les voluptés peuvent remplir le monde ; ce sont les idées qui le mènent (1).

La nature ne commande aux êtres de vivre que pour servir. Servir est la fin ; vivre n'est que le

moyen. L'instinct de conservation est au mâle ce que la prudence est à une troupe dans une marche

d'approche. Il amène vivant, à pied d’œuvre, pour le combat, sa fin dernière, l'être créé pour lutter et

mourir.

Les instincts de vivre et de reproduire sont les instincts mineurs. L'instinct de servir est l'instinct majeur. Que m'importe que tu vives, si tu ne me sers ; que tu reproduises, si tu n'engendres que des

morts ! Ma volonté est la vie. Je la jette dans la lice entre les mâles. Fuis, triomphe ou succombe,

mais ne me donne que des serviteurs qui continueront à servir mon désir. Je suis le gardien de la

durée ; je t'ai associé à mon oeuvre : c'est peu que pour m'en payer tu consentes au risque et à la mort.

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1. Les êtres ne sont que le serviteur de l'idée. – La mort volontaire est un tribut de l'homme aux idées. – Les races se fondent sur les idées.

Il faut que l'amant obéisse à des fins puissantes pour tuer tout ce qu'il aime (1). Le mâle tue la

femelle souillée, comme le mâle. Plutôt point de progéniture qu'une progéniture qui ne soit mienne.

Point de monde qui ne me ressemble.

Ma vertu est la vertu. C'est peu que rien ne m'égale ; rien ne me ressemble. L'imperfection du

monde vient de ce que nul n'y est créé à ma ressemblance (2).

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1. Il faut bien que le mâle qui tue obéisse à des fins puissantes pour sacrifier tout ce qu'il aime. – La

joie de tuer est profonde. Il y a dans le meurtre un assouvissement de l'instinct, une volupté de

l'âme.

2. L'ordre de la nature est de haïr qui n'est point soi, ou ne collabore point avec soi. – Chaque être

doit défendre sa cause, jouer son jeu, et par conséquent mépriser les autres, les haïr, les trouver mal.

Le bien n'est autre que moi.

Le nouvel époux tolère mal les enfants du premier père. La haine du mâle pour la progéniture

d'un autre mâle est telle qu'il la mange.

L'amant pardonne parfois aux filles de l'autre père.

La haine est la grande affaire de la vie. Les sages qui ne haïssent plus sont mûrs pour la stérilité

et pour la mort.

La figure du mâle qui combat est hideuse. Elle respire le vice et intime l'ordre de frapper. Le

mâle est horrible au mâle. Il est ce qui doit être exterminé.

1. Tes enfants me plaisent, si je ne t'aime. Mais si je t'aime ? L'amant qui aime hait les enfants du père.

L'ennemi le plus mortel du mâle est le mâle de sa propre espèce. Ce n'est pas à l'agneau que le

loup est terrible. C'est pour le loup d'abord que le loup est le loup.

Voluptés du corps : rancœurs, remords. L'être sait qu'il trahit. Il n'est de béatitude que de l'âme,

et de lauriers que de l'espèce (1).

 

La recherche du bonheur est impie. etc.(aux lecteurs et lectrices d'en juger...Gaudeamus)

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